‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 171 sur 189 · Chapitre XXVI · texte numérisé non relu

Chapitre XXVI

A difputer des prix indignes de fes mains ,

A fe donner lui-même en fpe&acle aux Romains.

Dès-lcrs il ne danfa plus en public : & le poëte réforma le monarque. Son union avec madame la duchefle de la Valicre fubfiftait toujours , malgré les infidélités fréquentes qu'il lui faifait. Ces infidélités lui coûtaient peu de foins. Il ne trouvait guère de femmes qui lui réfiftaffent , & revenait toujours à celle qui par la douceur & par la bonté de fon caractère , par un amour vrai, & même par les chaînes de l'habitude, l'avait fubjugué fans art. Mais dès l'an 1669 elle s'apperçut que madame de Montefpan prenait de l'afcendant ; elle combattit avec fa douceur ordinaire ; elle fupporta le chagrin d'être long-tems témoin du triomphe de fa rivale : & fans prefque fe plaindre , elle fe crut encor heureufe dans fa douleur , d'être ccnfidérée du roi qu'elle aimait toujours , & de le voir fans en être aimée. ] j

Enfin, en 1675 , e^e embraffa la refTource des âmes tendres , auxquelles il faut des fentimens profonds qui les fubjuguent. Elle crut que Dieu feul pouvait fuo céder dans fon cœur à fon amant. Sa converfion fut auiïi célèbre que fa tendreffe. Elle fe fit carmélite à Paris , & perfévéra. Se couvrir d'un cilice , marcher pieds nuds , jeûner rigoureufement , chanter la nuit au chœur dans une langue inconnue ; tout cela ne rebuta point la déiicaterTe d'une femme accoutumée à tant de gloire , de mollelfe & de pîaifirs. Elle vécut dans ces auftérités depuis 1675 jufqu'en 1710, fous le nom feul de fccur Louife de la Miféricorde. Un roi , qui punirait ainfi une femme coupable , ferait un tyran; & c'eft ainfi que tant de femmes fe font punies d'avoir aimé. Il n'y a prefque point d'exemples de politiques qui aient pris ce parti rigoureux. Les crimes de la politique fembleraient cependant exiger plus d'expiations que les faiblelfes de l'amour ; mais ceux qui gouvernent

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les âmes, n'ont guère d'empire que fur les faibles. On fait que quand on annonça à fœur Louife de la Miféricorde la mort du duc de Vermandois qu'elle avait eu du roi , elle dit : Je dois pleurer fa naiffance encor plus que fa mort. Il lui refta une fille , qui fut de tous les enfans du roi la plus refTemblante à fon père , & qui époufa le prince Armand de Conti couun du grand Coudé.

Cependant la marquife de Monte fpan jouiffait de fa faveur , avec autant d'éclat & d'empire que madame de la Valiere avait eu de modeftie.

Tandis que madame de la Valiere & madame de Montefpan fe difputaient encor la première place dans le cœur du roi , toute la cour était occupée d'intrigues d'amour. Louvois même était fenfible. Parmi plufieurs maîtreffes qu'eut ce minière , dont le caractère dur fembîait fi peu fait pour l'amour , il y eut une madame P du Frénoi , femme d'un de fes commis , pour laquelle Ji il eut depuis le crédit de faire ériger une charge chez la reine ; on la fit dame du lit : elle eut les grandes entrées. Le roi , en favorifant ainfi jufqu'aux goûts de fes minières , voulait jufïifier les fiens.

C'eft un grand exemple du pouvoir des préjugés & de la coutume, qu'il fut permis à toutes les femmes mariées d'avoir des amans , & qu'il ne le fut pas à la petite-fille de Henri IV. d'avoir un mari. Mademoifelle après avoir refufé tant de fouverains , après avoir eu l'efpérance d'époufer Louis XIV. voulut faire à quarante-trois ans la fortune d'un gentilhomme. Elle obtint la permiîîion d'époufer Péguilin , du nom de Caumont, comte de Laufuny le dernier qui fut capitaine d'une compagnie des cent gentilshommes au bec-de-corbin qui ne fubfifte plus , & le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel - général des dragons. Il y avait cent exemples de princeiTes , qui avaient époufé ^, des gentilshommes: les empereurs Romains donnaient l^k leurs £2

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