Chapitre XXVI
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leurs filles à des fénateurs : les filles des fouverains de l'Afie , plus puirTans & plus defpotiques qu'un roi de France , n'époufent jamais que des efclaves de leurs pères.
Mademoifelle donnait tous fes biens , efHmés vingt millions , au comte de Lcufun ; quatre duchés , la fouveraineté de JJombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans qu'on nomme le luxembourg. Elle ne fe réfervait rien , abandonnée toute entière à l'idée flatteufe de faire à ce qu'elle aimait une plus grande fortune qu'aucun roi n'en a fait à aucun fujet. Le contrat était drefle. Laufwi fut un jour duc de Montpenfier. 11 ne manquait plus que la fignature. Tout était prêt , lorique le roi arTailli par les repréfentations des princes, des miniftres , des ennemis d'un homme trop heureux, retira fa parole , & défendit cette alliance. Il avait écrit aux cours étrangères pour annoncer le mariage ; il écrivit la rupture. On le blâma de l'avoir permis ; on le blâma de l'avoir défendu. Il pleura de rendre Mademoifelle malheureufe. Mais ce même prince qui s'était attendri en lui manquant de parole, fit enfermer Laufun , en Novembre 1670, au château de Pignerol , pour avoir époufé en fecret la princelfe , qu'il lui avait permis quelques m;>is auparavant d'époufer en public. Il fut enfermé dix années entières. Il y a plus d'un royaume, où un monarque n'a pas cette puifïance : ceux qui l'ont font plus chéris quand ils n'en font pas d'ufage. Le citoyen, qui n'oirenfe point les loix de l'équité, doit -il être puni fi févérement par celui qui repréfente l'état ? N'y a-t-il pas une très-grande différence entre déplaire à fon fouverain, & trahir fon fouverain ? Un roi doit-il traiter un homme plus durement que la loi ne le traiterait ?
Ceux qui ont éctit ( I ) que madame de Monte/pan ,
(i) L'origine de cette imputation , qu'on trouve dans tant d'hiftoriens , vient du Segrefiana. C'eft un recueil pofthume de quelques converfations de Ségrais, prefque toutes faJfifiées. Il eft plein de Contradi&ions;Ôc l'on fait qu'aucun de ces ana ne mérite de croyance.
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après avoir empêché le mariage, irritée contre le comte de Laufun , qui éclatait en reproches violens , exigea de Louis XIV. cette vengeance, ont fait bien plus de tort à ce monarque. Il y aurait eu à la fois de la tyrannie & de la pufillanimité, à facrifier à la colère d'une femme, un brave homme, un favori qui privé par lui delà plus grande fortune , n'aurait fait d'autre faute que de s'être trop plaint de madame de Montefpan. Qu'on pardonne ces réflexions ; les droits de l'humanité les arrachent. Mais en même tems l'équité veut que Louis XIV. n'ayant fait dans tout fon règne aucune action de cette nature , on ne i'accufe pas d'une injuftice fi cruelle. C'eft bien allez qu'il air puni avec tant de févérité un mariage clandefhn , une liaifon innocente, qu'il eût mieux fait d'ignorer. Retirer fa faveur était îrès-jufte; la prifon était trop dure.
Ceux qui ont douté de ce mariage fecret , n'ont qu'à lire attentivement les mémoires de Mademoifelie. Ces mémoires apprennent ce quelle ne dit pas. On voit que cetce même princeiïe , qui s'était plainte fi amèrement au roi de la rupcure de fon mariage , n'ofa fe plaindre de la prifon de fon mari. Elle avoue qu'on la croyait mariée ; elle ne dit point qu'elle ne l'était pas : & quand il n'y aurait que ces paroles : Je ne peux ni ne dois changer pour lui : elles feraient décifives.
Laufun & Fouquet furent étonnés de fe rencontrer dans la même prifon ; mais Fouquet fur-tout , qui dans fa gloire & dans fa puiiïance avait vu de loin Péguilin dans la foute comme un gentilhomme de province fans fortune, le crut fou, quand celui -ei lui conta qu'il avait été le favori du roi, & qu'il avait eu la permidlon d'époufer la petite-fille de Henri 1 V. avec tous les biens & les titres de la maifon de Montpenfier.
Après avoir langui dix ans en prifon , il en fortit enfin : mais ce ne fut qu'après que madame de Montefpan eut engagé Mademoifelie à donner la fcuveraineté