‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 175 sur 189 · Chapitre XXVI · texte numérisé non relu

Chapitre XXVI

|l 1 mu ■ 11 111 1 11 1 1 11 1 H

de long, où il tomba très-malade. On l'interrogea le fécond jour, & on le laifla enfuite cinq femaines entières fans continuer fon procès \ injuftice cruelle envers tout particulier, & plus condamnable encor envers un pair du royaume. Il voulut écrire au marquis de Louvois pour s'en plaindre , on ne le lui permit pas. Il fut enfin interrogé. On lui demanda s'il n'avait pas donné des bouteilles de vin empoifonnées pour faire mourir le frère de la Dupin , & une fille qu'il entretenait.

Il paraifTait bien abfurde qu'un maréchal de France qui avait commandé des armées s eût voulu empoifonner un malheureux bourgeois & fa maîtreffe fans pouvoir tirer aucun avantage d'un fi grand crime.

Enfin , on lui confronta le Sage & un autre prêtre nommé d'Avaux , avec lefquels on l'accufait d'avoir fait des fortiléges pour faire périr plus d'une perfonne.

Tout fon malheur venait d'avoir vu une fois le Sage , & de lui avoir demandé des horofccpes. J|

Parmi les imputations horribles qui faifaient la bafe du procès , le Sage dit que le maréchal duc de Luxembourg avait fait un pacte avec le diable , afin de pouvoir marier fon fils à la fille du marquis de Louvois. L'accufe répondit , quand Matthieu de Montmorenci époufa une reine de France , il ne s'adreffa point au^ diable , mais aux états généraux , qui déclarèrent que pour acquérir au roi mineur V appui des Montmorencis , il fallait faire ce mariage.

Cette réponfe était fière & n'était pas d'un coupable. Le procès dura quatorze mois. Il n'y eut de jugement ni pour , ni contre lui. La Voifin , la Vigoureux & fon frère le prêtre qui s'appellait auffi Vigoureux , furent brûlés avec le Sage à la grève. Le maréchal de Luxembourg alla quelques jours à la campagne, & revint enfuite à la cour faire les fonctions de capitaine des gardes , fans voir Louvois , & fans que le roi lui parlât de tout ce qui s'était pafle.

.-i 542 Siècle de Iouis XIV. £5

Nous avons vu comment il eut depuis le commandement des armées qu'il ne demanda pas, & ,par combien de victoires il impofa filence à fes ennemis.

On peut juger quelles rumeurs arlreuîès toutes ces accufations excitaient dans Paris. Le fupplice du feu , dont la Voifin & fes complices furent punis , mit fin aux recherches & aux crimes. Cette abomination ne fut que le partage de quelques particuliers , & ne corrompit point les mœurs douces de la nation : mais elle laiffa dans les efprits un penchant funefîe à foupçonner des morts naturelles , d'avoir été violentes.

Ce qu'on avait cru de la deftinée' malheureufe de madame Henriette d'Angleterre , on le crut enfuite de fa fille Marie-Louife , qu'on maria en 1679 au roi d'Efpagna Charles IL Cette jeune princefTe partit à regret ji pour Madrid. Mademoifelle avait fouvent dit à Monfieur, ^ frère du rci : Ne mene[ pas fi fouvent votre fille à la ^ *X cour, elle fera trop malheureufe ailleurs. Cette jeune î| princefTe voulait époufer Monfeigneur. Je vous fais reine fc d'Efpagne , lui dit le roi , que pourrais-je de plus pour ma fille ? « Ah ! répondit-elle , vous pourriez plus » pour votre nièce ». Elle fut enlevée au monde en 1689, au même âge .que fa mère. Il pafTa pour conftant , que le confeil Autrichien de Charles II. voulait fe défaire a elle , parce qu'elle aimait fon pays , & qu'elle pouvait empêcher le roi fon mari de fe déclarer pour les alliés contre la France. On lui envoya même de Verfaiîles à ce qu'on croit du contrepoifon ; précaution très-incertaine , puifque ce qui peut guérir une efpèce de mal peut envenimer l'autre , & qu'il n'y a point d'antidote général. Le contrepcifon prétendu arriva après fa mort. Ceux qui ont lu les mémoires compilés par le marquis de Dangeau , trouveront que le roi dit en foupant : « la reine d'Efpagne eft morte empoi- » fonnée dans une tourte d'anguille : la comterTe de » Verrats y les camériites Zapata & Nina , qui en ont

» mangé après elle , font mortes du même poifon. » Après avoir lu cette étrange anecdote dans ces mémoires manufcrits , qu'on dit faits avec foin par un courtifan, qui n'avait prefque point quitté Louis XIV, pendant quarante ans, je ne laiïfai pas d'être encor en doute : je m'informai à d'anciens domefliques du roi , s'il était vrai que ce monarque toujours retenu dans fes difcours , eût jamais prononcé des paroles iî imprudentes. Ils m'arîurèrent tous, que rien n'était plus faux. Je demandai à madame la duchefTe de St Pierre qui arrivait d'Efpagne , s'il était vrai que ces trois perfonnes fufTent mortes avec la reine ; elle me donna des attestations , que toutes trois avaient furvécu long-tems à leur maître/Te. Enfin je fus que ces mémoires du marquis de Dangeau , qu'on regarde comme un monument précieux , n'étaient que/des nouvelles à la main , écrites ^i quelquefois par un de fes domeftiques ; & je puis ré- || pondre qu'on s'en apperçoit fouvent au ftyle , aux inu- || tilités & aux fauffetés dont ce recueil eït rempli Après toutes ces idées funefles , où la mort de Jhnr'uîte d' Angleterre nous a conduits , il faut revenir aux événemens de la cour qui fuivirent fa perte.

La princeife Palatine lui fuccéda un an après , & fut mère du duc d'Orléans, régent du royaume. Il fallut qu'elle renonçât au calvinifme pour époufer Monfleur ; mais elle conferva toujours pour fon ancienne religion , un refpect fecret qu'il eft difficile de fecouer , quand l'enfance Ta imprimé dans le cœur.

L'aventure infortunée d'une fille d'honneur de la reine, en 1673 ? donna lieu à un nouvel établiffement. Ce malheur eft connu par le fonnet de V Avorton , dont les vers ont été tant cités.

Toi que l'amour fit par un crime , Ft que l'honneur défait par un crime à fon tour , Funefte ouvrage de l'amour , De l'honneur funefte viftime . . . &c.

544 Siècle deLouis XIV.

Les dangers attachés à l'état de fille dans une cour galante & voluptueufe , déterminèrent à fubftituer aux douze filles d'honneur qui embellifïaient la cour de la reine , douze dames du palais , & depuis , la maifon des reines fut ainfi compofée. Cet établiflement rendait la cour plus nombreufe & plus magnifique , en y fixant les maris & les parens de ces dames , ce qui augmentait ïa fociété & répandait plus d'opulence.

La princefTe de bavière , époufe de Monfeigneur , ajouta dans les commencemens , de l'éclat & de la vivacité à cette cour. La marquife de Montefpan attirait toujours l'attention principale : mais enfin elle ceiTait de plaire ; & les emportemens altiers de fa douleur ne ramenaient pas un cceut qui s'éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge , étant fur-intendante de la maifon de la reine ; & au roi , p'ar fes enfans , par l'habitude & par fon afcendant.

On lui confervait tout l'extérieur de la confidération & de l'amitié , qui ne la confolait pas , & le roi affligé de lui caufer des chagrins violens , & entraîné par d'autres goûts, trouvait déjà dans la converfation de madame de Maintcnon, une douceur qu'il ne goûtait plus auprès de fon ancienne maître/Te. Il fe fentait à la fois partagé entre madame de Montefpan , qu'il ne pouvait quitter , mademoifelle de Fontangc qu'il aimait , & madame de Maintcnon de qui l'entretien devenait nécefTaire à fon ame tourmentée. Ces trois rivales de faveur tenaient toute la cour en fufpens. Il paraît affez honorable pour Louis XIV. qu'aucune de ces intrigues n'influât fur les affaires générales, & que l'amour, qui troublait la cour, n'ait jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement. Rien ne prouve mieux , ce me femble , que Louis XIV. avait une ame aufîî grande que fenfible.

Je croirais même que ces intrigues de cour, étrangères à l'état , ne devraient point entrer dans l'hiftoire,

" Ci

Page 1