‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 174 sur 189 · Chapitre XXVI. 539 Çj · texte numérisé non relu

Chapitre XXVI. 539 Çj

dans la chambre même de la reine-mère , pour tirer i'horofcope de l'héritier de la couronne. Nous avons vu même te duc d'Orléans régent du royaume, curieux de cette charlatanerie qui féduiiit toute l'antiquité; & toute la philofophie du célèbre comte de Boulainvilliers ne put jamais le guérir de cette chimère. Elle était bien pardonnable à la ducheffe de Bouillon , & à toutes les dames qui eurent les mêmes faibleffes. Le prêtre le Sage , la Voifin & la Vigoureux s'étaient fait un revenu de la curiofité des ignorans qui étaient en très-grand nombre. Ils prédifaient l'avenir , ils faisaient voir le diable. S'ils s'en étaient tenus là , il n'y aurait eu que du ridicule dans eux & dans la chambre ardente.

La B.eynie , l'un des préfidens de cette chambre, fut afTez mal-avifé pour demander à la ducheffe de Bouillon fi elle avait vu le diable ; elle répondit qu'elle le voyait dans ce moment , qu'il était fort laid & fort vilain , & qu'il était déguifé en confeilier d'écat. ^ L'interrogatoire ne fut guère pouffé plus loin.

L'affaire de la comteile de Soijjbns & du maréchal de Luxemboueg fut plus férieufe. Le Sage , la Voifin , la Vigoureux , 8c d'autres complices encor étaient en priibn, accufés d'avoir vendu des poifons qu'on appellait la poudre de fuccefîion ; ils chargèrent tous ceux qui les étaient venus confulter. La comteffe de Soifions fut du nombre. Le roi eut la condefcendance de dire à cette princeffe , que fi elle fe fentait coupable il lui conseillait de fe retirer. Elle répondît qu'elle était trèsinnocente , mais qu'elle n'aimait pas à être interrogée par la juftice. Enfuite elle fe retira à Bruxelles , où elle eit morte fur la fin de 1708 , lorfque le prince Eugène fon fils la vengeait par tant de victoires , & triomphait

François-Henri de Boutteville , duc 8ç pair & maréchal de France, qui unifiait le grand nom de Montmorenci à celui de la maifon impériale de Luxembourg ,

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déjà célèbre en Europe par des actions de grand capitaine , fut dénoncé à la chambre ardente. Un de fes gens d'affaires nommé Bonard voulant recouvrer des papiers importans qui étaient perdus , s'adrefFa au prêtre le Sage pour les lui faire retrouver. Le Sage commença par exiger de lui qu'il fe confefsât , & qu'il allât enfuite pendant neuf jours en trois différentes églifes , où il réciterait trois pfeaumes.

Malgré la confe«îion & les pfeaumes les papiers ne fe trouvèrent point ; ils étaient entre les mains d'une fille nommée Dupin. Bonard fous les yeux de le Sage fit au nom du maréchal de Luxembourg une efpèce de conjuration , par laquelle la Dupin devait devenir impuiffante en cas qu'elle ne lui rendît pas les papiers. On ne fait pas trop ce que c'eft qu'une fille impuiffante. La Dvpin ne rendit rien , & n'en eut pas moins d'amans. j| Bonard défefpéré fe fit donner un nouveau plein- ^

SE pouvoir par le maréchal, & entre ce plein-pouvoir & ,£ 5 la fignature , il fe trouva deux lignes d'une écriture différente , par lefquelles le maréchal fe donnait au diable.

Le Sage, Bonard, la VoiJin,h Vigoureux, & plus de quarante accufés ayant été enfermés à la bafrille , le Sage dépofa que le maréchal s'était adreffé au diable & à lui pour faire mourir cette Dupin qui n'avait pas voulu rendre les papiers ; leurs complices ajoutaient qu'ils avaient affafîiné la Dupin par fon ordre , qu'ils l'avaient coupée en quartiers, & jetée dans la rivière.

Ces accufations étaient aufîi improbables qu'atroces. Le maréchal devait comparaître devant la cour des pairs ; le parlement & les pairs devaient revendiquer le droit de le juger ; ils ne le firent pas. L'accufé fe rendit luimême à la baftille, démarche qui prouvait fon innocence fur cet affaffinat prétendu.

Le fecretaire-d'état Louvois qui ne l'aimait pas , le fit enfermer dans une efpèce de cachot de fîx pas & demi

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