‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 180 sur 189 · Chapitre XXVII · texte numérisé non relu

Chapitre XXVII

Ces occupations formaient l'efprit. & animaient la fociécé. ( 1 )

Aucun de ceux qui ont trop cenfuré Louis XIV. ne peut difconvenir , qu'il ne fut , jufqu'à la journée d'Hochftet, le feul puiffant , le feuî magnifique, lefeul grand prefque en tout genre. Car quoiqu'il y eut des héros, comme Jean Sobieski & des rois de Suède, qui efFaçafTent en lui le guerrier, perfonne n'effaça le monarque. Il faut avouer encor , qu'il foutint fes m .lheurs & qu'il les répara. Il a eu des défauts ; il a fait de grandes fautes : mais ceux qui le condamnent , Tauraient-ils égalé, s'ils avaient été à fa place?

La ducheiïe de Bourgogne croiffait en grâces & en mérite. Les éloges qu'on donnait à fa fœur en Efpagne, lui infpirèrent une émulation qui redoubla en elle le talent de plaire. Ce n'était pas une beauté parfaite ; J mais elle avait le regard tel que fon fils; un grand air, une taille noble. Ces avantages étaient embellis par fcn efprit , & plus encor par l'envie extrême de mériter les fufFrages de tout le monde. Elle était , comme Henriette d'Angleterre , l'idole & le modèle de la cour, avec un plus haut rang : elle touchait au trône : la France attendait du duc de Bourgogne un gouvernement, tel que les fages de l'antiquité en imaginèrent , mais dont l'auftérité ferait tempérée par les grâces de cette princeiTe, plus faites encor pour être fenties que la

(1) Comment le marquis de la Fare peut-il dire dans fes mémoires , que depuis la mort de Madame, ce ne fut que jeu , confufion & impoliteJJ'e. On jouait beaucoup dans les voyages de Marli & de Fontainebleau , mais jamais chez madame de Maintenon ; & la cour fut en tout tems le modèle de la plus parfaite politeffe. La ducheffe d'Orléans alors ducheffe de Chartres , .la ducheffe du Maine, la princeffe de Conti , madame la ducheffe , démentaient bien ce que le marquis la Fare avance. Cet homme , qui dans le commerce était de la plus grande indulgence , n'a prefque écrit qu'une fatire. Il était mécontent du gouvernement : il paffait fa vie dans une fociété qui fe faifait un mérite de condamner la cour ; & cette fociété fit d'un homme très-aimable » un hiftorien quelquefois injufte.

2? Siècle de Louis XIV. Tom. V. N n £3

^Q 562 Siècle de Louis XIV. ^5

philofophie de fon époux. Le monde fait , comme toutes ces efpérances furent trompées. Ce fut le fort de Louis XIV. de voir périr en France toute fa famille par des morts prématurées , fa femme à quarante-cinq ans, fon fils unique à cinquante; (1) & un an après que nous eûmes perdu fon fils , nous vîmes fon petitfils le dauphin duc de Bourgogne , la dauphine fa femme , leur fils aine le duc de Bretagne , portés à St. Denis au même tombeau , au mois d'Avril 1711, tandis que ledernier de leurs enfans, monté depuis furie trône, était dans fon berceau aux portes delà mort. Le duc de Eerri , frère du duc de Bourgogne, les fuivit deux ans après ; & fa fille , dans le même tems paffa du berceau au cercueil.

Ce tems de défclation laiffa dans les cœurs une im- 4 prefilon fi profonde , que dans la minorité de Louis XV. % j'ai vu plufieurs perfonnes , qui ne parlaient de ces || $ pertes qu'en verfant des larmes. Le plus à plaindre de % tous les hommes , au milieu de tant de morts précipitées, était celui qui femblait de voir hériter bientôt du royaume.

Ces mêmes foupçons , qu'on avait eus à la mort de

! (1) L'auteur àes mémoires de Maintenon , tome IV. dans un chapitre intitulé , mademoifelte Choin , dit que Monfeigneur fut amoureux d'une de Tes propres fceurs , & qu'il époufa enfuite roademoifel'e Choin. Ces contes populaires font reconnus pour faux ehez tous les honnêtes gens. Il faudrait être non-feulement contemporain , mais être muni de preuves , pour avancer de telles anecdotes. Il n'y a jamais eu le moindre indice que Monfeigneur eût époufé mademoifelle Choin. Renouveller ainfi , an bout de foixante ans , des bruits de ville , fi vagues , fi peu vraifemblables , fi décriés, ce n'eft point écrire Phiftoire ; c'eft compiler au hafard des fcandales pour gagner de l'argent. Sur quel fondement cet écrivain a-t-il le front d'avancer, page 244, que madame la duchefîe de Bourgogne dit au prince fon époux : Si j'étais morte , aurie\-vous fait 4e troifisme tome de votre famille? Il fait parler Louis XIV. tous les princes , tous les mimftres , comme s'il les avait écoutés. On trouve peu de pages dans ces mémoires qui ne foient remplies de c es menfonges hardis qui foulèvent tous les honnêtes gens.

Page 1