Chapitre II. i
manquait de commerce & d'argent ; la gravité des mœurs & la lenteur particulière aux Allemans , les privaient de ces plaifirs & de ces arts agréables que la fagacité italienne cultivait depuis tant d'années , & que l'induftrie françaife commençait dès-lors à perfectionner. Les Allemans, riches chez eux, étaient pauvres ailleurs ; & cette pauvreté , jointe à la difficulté de réunir en peu de tems fous les mêmes étendards tant de peuples difFérens , les mettait à-peu-près comme aujourd'hui dans rimpoffibilité de porter & de foutenir long- tems la guerre chez leurs voifins. Aufïï c'eft prefque toujours dans l'Empire que les Français ont fait la guerre contre les empereurs. La différence du gouvernement & du génie paraît rendre les Français plus propres pour l'attaque , & les Allemans pour la défenfe.
De l'Espagne,
L'Efpagne, gouvernée par la branche ainée de la S maifon à' Autriche , avait imprimé , après la mort de Charles- Quint, plus de terreur que la nation Germanique. Les rois d'Efpagne étaient incomparablement plus abfolus & plus riches. Les mines du Mexique & du Potofi femblaient leur fournir de quoi acheter la liberté de l'Europe. Vous avez vu ce projet de la monarchie, ou plutôt de la fupériorité univerfelle fur notre continent chrétien , commencé par Charles-Quint , & foutenu par Philippe il.
La grandeur efpagnole ne fut plus fous Philippe III. qu'un vafte corps fans fubfhnce , qui avait plus de réputation que de force.
Philippe IV. héritier de la faiblefTe de fon père, perdit le Portugal par fa négligence , le Rouflillon par la faiblefTe de fes armes , & la Catalogne par l'abas *du defpotifme. De tels rois ne pouvaient être long-tems heureux dans leurs guerres contre la France. Si les divi-
fions & les fautes des autres leur donnaient quelques
*^ v*. ico wuics ucs duueb iecir donnaient quelques jfc Siècle de Louis XIV. Tom. V. M O
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avantages , ils en perdaient le fruit par leur incapacité. De plus ils commandaient à des peuples que leurs privilèges mettaient en droit de mal fervir ; les Caftillans avaient la prérogative de ne point combattre hors de leur patrie; les Àrragonais difputaient fans cefîe leur liberté contre le corifeil royal ; & les Catalans , qui regardaient leurs rois comme leurs ennemis , ne leur permettaient pas même de lever des milices dans leurs provinces.
L'Efpagne cependant réunie avec l'Empire, mettait un poids redoutable dans la balance de l'Europe.
Du Portugal
Le Portugal redevenait alors un royaume. Jeany duc de Bragance ', prince qui paflait pour faible avait arraché cette province à un roi plus faible que lui. Les Portugais cultivaient par necefîité le commerce que l'Efpagne négligeait par fierté; ils venaient de fe liguer avec la I France & la Hollande en 1641 contre l'Efpagne. Cette | révolution du Portugal valut à la France plus que n'eufTent ^ fait les plus fignaiées victoires. Le miniftère français , | qui n'avait contribué en rien à cet événement , en retira J fans peine le plus grand avantage qu'on puiffe avoir \ contre fon ennemi , celui de le voir attaqué par une I puiffance irréconciliable.
Le Portugal fecouant le joug de l'Efpagne , étendant fon commerce & augmentant fa puilï'ance , rappelle ici l'idée de la Hollande , qui jouiffait des mêmes avantages i d'une manière bien différente.
Des Province s-U nies.
Ce petit état de fept Provinces-Unies , pays ternie en pâturages , mais ftérile en grains , mal-fain , & prefque fubmergé par la mer , était depuis environ un demifiècle un exemple prefque unique fur la terre , de ce