‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 23 sur 189 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

que peuvent i'amour de la liberté & le travail infatigable. Ces peuples pauvres , peu nombreux , bien moins aguerris que les moindres milices Efpagnoles , & qui n'étaient comptés encor pour rien dans l'Europe , refiiièrent à toutes les forces de leur maître & de leur tyran Philippe 11 éludèrent les defTeins de plufieurs princes, qui voulaient les fecourir pour les afTervir, & fondèrent une puiffance , que nous avons vu balancer le pouvoir de l'Efpagne même. Le défsfpoir quinfpiré la tyrannie les avait d'abord armés ; la liberté avait élevé leur courage, & les princes de la maifon d'Orange en avaient faits d'excellens foldats. A peine vainqueurs de leurs maîtres, ils établirent une forme de gouvernement, qui conferye , autant qu'il eu pofïible , l'égalité , le droit le plus naturel des hommes.

Cet état d'une efpèce fi nouvelle, était depuis fa fondation , attaché intimement à la France ; l'intérêt les réunifiait; ils avaient les mêmes ennemis. Henri le G ra ad & Louis XIII. avaient été fes alliés & fes protecteurs.

De l'Angleterre.

L'Angleterre beaucoup plus puifTante , affectait la foùveraineté des mers , & prétendait mettre mie balance entre les dominations de l'Europe ; mais Chwtles I. qui régnait depuis 162.5 , loin de pouvoir foutenir le poids de cette balance , fentait déjà le fceptre échapper de fa main ; il avait voulu rendre fon pouvoir en Angleterre indépendant des loix , & changer la religion en EcofTe. Trop opiniâtre pour fe défifter de fes deffeins , & trop faible pour les exécuter ; bon mari , bon maître , bon père , honnête homme , mais monarque mal confeillé : il s'engagea dans une guerre civile , qui lui fit perdre

i enfin , comme nous l'avons déjà dit , le trône & la vie fur un échafFaut , par une révolution prefque inouie. Cette guerre civile , commencée dans la minorité de Ma O

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Louis XI V. empêcha pour un tems l'Angleterre d'entrer dans les intérêts de fes voifins : elle perdit fa ccnfidération avec fon bonheur : fon commerce fut interrompu ; les autres nations la crurent enfevelie feus fes ruines , jufqu'au tems où elle devint tout-à-coup plus formidable que jamais fous la domination de Cromwdl , qui l'affujettit en portant Pévangile dans une main , Lépée dans l'autre , le mafque de la religion fur le vifage , & qui dans fon gouvernement , couvrit des qualités d'un grand roi tous les crimes d'un ufurpateur.

De Rome.

Cette balance, que l'Angleterre s'était long-tems flattée de maintenir entre les rois par fa puiffance , la cour de Rome effayait de la tenir par fa politique. L'Italie était divifée , comme aujourd'hui , en plufieurs fouverainetés : celle que pofsède le pape eft aflez grande pour le rendre refpeclable comme prince , & trop petite pour le rendre redoutable. La nature du gouvernement ne fert pas à peupler fon pays , qui d'ailleurs a peu d'argent & de commerce ; fon autorité fpirituelle , toujours un peu mêlée de temporel , eft détruite & abhorrée dans la Moitié de la chrétienté ; & fi dans l'autre il eft regardé comme un père , il a des enfans qui lui réiifient quelquefois avec raifon & avec fuccès. La maxime de la France eft de le regarder comme une perfonne facrée , mais entreprenante , à laquelle il faut baifer les pieds , & lier quelquefois ies mains. On voit encor dans tous les pays catholiques, les traces des pas que la cour de Rome a fait autrefois vers la monarchie univerfeîîe. Tcus les princes de la religion catholique envoient au pape, à leur avènement , des ambaffades qu'on nomme d'o^edience. Chaque couronne a dans Rome un cardinal , qui prend le nom de protecteur. Le pape donne dès bulles de tous les évêchés , Se s'exprime dans fes bulles ,

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comme s'il conférait ces dignités de fa feule puifTance. Tous les évêques Italiens , Efpagnols , Flamans, le nomment évêques par la permifïïon divine , Se par celle du St. Siège. Beaucoup de prélats Français vers l'an i68x rejettèrent cette formule il inconnue aux premiers fiècles; & nous avons vu de nos jours en 1754 un évêque ( Stuart Fit sj âmes évêque de Soldons ).afTez courageux pour l'omettre dans un mandement qui doit pafTer à la poftérité ; mandement ou plutôt inftruction unique dans laquel il eft dit exprefTément , ce que nul pontife n'avait encor oie dire , que tous les hommes , & les infidèles même font nos frères.

Enfin le pape a confervé dans tous les états catholiques , des prérogatives qu'arTurément il n'obtiendrait pas li le tems ne les lui avait pas données. Il n'y a point

Îde royaume dans lequel il n'y ait beaucoup de bénéfices à fa nomination ; il reçoit en tribut les revenus de la première année des bénéfices confiftoriaux.

Les religieux , dont les chefs réfident à Rome , font encor autant de fujets immédiats du pape , répandus dans tous les états. La coutume qui fait tout, & qui eft caufe que le monde eft gouverné par des abus comme par des loix , n'a pas toujours permis aux princes de remédier entièrement à un danger , qui tient d'ailleurs à des chofes utiles & facrées. Prêter ferment à un autre qu'à fon fouverain , eft un crime de lèze-ma jefté dans un laïque ; c'eft dans le cloître un acte de religion. La difficulté de favoir à quel point on doit* obéir à ce fouverain étrangères facilité de fe laifler féduire, le plaifir de fecouer un joug naturel pour en prendre un qu'on fe donne à foi-même , l'efprit de trouble , le malheur des tems , n'ont que trop fou vent porté des ordres entiers de religieux à fervir Rome contre leur patrie.

L'efprit éclairé qui règne en France depuis un fiècle, & qui s'eft étendu dans prefque toutes les conditions, a été le meilleur remède à cet abus. Les bons livres écrits

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fur cette matière, font de vrais fervices rendus aux rois & aux peuples : & un des grands changemens qui fe foient faits par ce moyen dans nos mœurs fous Louis XIV. c'eft la perfuafion dans laquelle les reiigieux commencent tous à erre, qu'ils font fujets du roi, avant que d'être ferviteurs du pape. La jurifdiclion , cette marque effentielîe de la fouveraineté, eft encor demeurée au pontife Romain. La France même , malgré toutes fes libertés de l'églife galHcane, fourfre que l'on appelle au pape en dernier reffort dans les caufes eccléii aftiques.

Si l'on veut diffoudre un mariage, époufer fa coufine ou fa nièce, fe faire relever de (es vœux, c'ell encor à Rome, & non à fon évêque, qu'on s'adrefie; les grâces y font taxées , & les particuliers de tous les états y achètent des difpenfes à tous prix.

Ces avantages , regardés par beaucoup de perfonnes comme la fuite des plus grands abus , & par d'autres comme les reftes des droits les plus facrés, font toujours fourenus avec art. Rome ménage fon crédit avec autant de politique, que la république Romaine en mit à conquérir la moitié du mande connu.

Jamais cour ne fut mieux fe conduire , félon les hommes & félon les tems. Les papes font prefque toujours des Italiens , blanchis dans les affaires , fans pallions qui les aveuglent ; leur confeil eft compoféde cardinaux, qui leur reiTemblent, & qui font tous animés du même efprit. De ce confeil émanent des ordres, qui vent jufqu'a la Chine & à l'Amérique : il embraffe en ce fens l'univers , & on a pu dire quelquefois ce qu'avait dit autrefois un étranger du fénat de Rome : J'ai vu un conjifiûire de rois. La plupart de nos écrivains fe font élevés avec raifon contre l'ambition de cette cour ; mais je n'en vois point qui ait rendu affez de juftice à fa prudence. Je ne fais fi une autre nation eût pu conferver fi iong-tems dans l'Europe tant de prérogatives toujours combattues : toute autre cour les eût peut-être perdues,

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