Chapitre
i reine ne donna fa confiance à Ma\arln , qu'au défaut de Po#Vr évêque de Beau vais , qu'elle avait d'abord choift pour fon miniftre. On peint cet évêque comme un homme incapable : il eft à croire qu'il l'était , & que la reine ne s'en était fervi quelque tems que comme d'ua fantôme , pour ne pas effaroucher d'abord la nation par *le choix d'un fécond cardinal & d'un étranger. Mais ce qu'il ne faut pas croire , c'eft que Potier eût commencé fon miniftère paffager par déclarer aux Hollandais qu'il fallait qu'ils fe fijfent catholiques s1 ils voulaient demeurer dans V alliance de la France, Il aurait donc dû faire la même propofition aux Suédois. Prefque tous les hiftoriens rapportent cette abfurdité , parce qu'ils Pont lue dans les mémoires des courtifans & des frondeurs. Xi n'y a que trop de traits dans ces mémoires, oufalfifiés par la pafïïon , ou rapportés fur des bruits populaires. Le puérile ne doit pas être cité, & l'abfurde ne peut être cru. Il eft très-vraifemblable que le cardinal Ma\arin était ^ miniftre défigné depuis long-tems dans l'efprit de la reine , & même du vivant de Louis XIII. On ne peut en douter quand on a lu les mémoires de la Porte premier valet-de-charobre à1 Anne d'Autriche. Les fubalternes témoins de tout l'intérieur d'une cour favent des chofes que les parlemens & les chefs de parti même ignorent ou ne font que foupçonner.
Ma{arin ufa d'abord avec modération de fa puiffance. Il faudrait avoir vécu long-tems avec un miniftre pour peindre fon caractère , pour dire quel degré de courage ou de faibJene il avait dans l'efprit , à quel point il était ou prudent ou fourbe. Ainn fans vouloir deviner ce qu'était Ma\arin , on dira feulement ce qu'il fit. Il afFe&a , dans les commencemens de fa grandeur , autant de fimplicité que Richelieu avait déployé de hauteur. Loin de prendre des gardes, de marcher avec un fafte royal, il eut d'abord le train le plus modefte , il mit de i'afFabia^ lité & même de la mollette par-tout où fon prédécefleur Jg & N4 î3
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aoo Siècle de'Louis XIV.
avait fait paraître une fierté inflexible. La reine voulait faire aimer fa régence & fa perfonne , de la cour & des peuples % & elle y réunifiait. Gaflon , duc d'Orléans , frère de Louis XIII, & le prince de Condé , appuyaient fon pouvoir, & n'avaient d'émulation que* pour fervir l'état.
fl fallait des impôts pour foutenir la guerre contre PEfpagne & contre l'empereur. Les finances en France étaient depuis la mort du grand Henri IV. auiïi mal adminifïrées qu'en Efpagne & en Allemagne. La régie était un chcos ? Tignorance extrême , le brigandage au comble ; mais ce brigandage ne s'étendait pas fur des objets aulïi confidérabîes qu'aujourd'hui. L'état était huit fois moins endetté : on n'avait point des armées de deux cent mille hommes à foudoyer , point de fubfides immenfes à payer , point de guerre maritime à foutenir. Les revenus de l'état montaient dans les premières années de la régence à près de foixante-quinze millions de livres de ce tems. C'était afTez s'il y avait eu de l'économie dans le minifrère : mais en 1648 & 47 on eut befoin de nouveaux fecours. Le furintendant était alors un payfan Siennois nommé Particelli Emeri , dont l'ame était plus baffe que la naifTance , & dont le faite & les débauches indignaient la nation. Cet homme inventait des reiïburces onéreufes & ridicules. Il créa des charges de contrôleurs de fagots , de jurés vendeurs de foin , de confeillers du roi crieurs de vin ; il vendait des lettres de noblefTe. Les rentes fur l'hôtel - de - ville de Paris ne fe montaient alors qu'à près d'onze millions. On retrancha quelques quartiers aux rentiers; on augmenta les droits d'entrée ; on créa quelques charges de maîtres des requêtes ; on retint environ quatre-vingt mille écus de gages aux magifrrats.
il eit aifé de juger combien les efprits furent foulevés contre deux Italiens , venus tous deux en France fans fortune, enrichis aux dépens de la nation, qui donnaient tant de prife fur eux. Le parlement de Paris , les maîtres des requêtes ; les autres cours, les rentiers s'ameutèrent.
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