Chapitre IV. aoi
En vain Malaria ôta la furintendance à fon confident Emerîy & le relégua dans une de fes terres : on s'indignait encor que cet homme eût des terres en France , & on eut le cardinal Malaria en horreur, quoique dans ce tems-là même il confommât le grand ouvrage de la paix de Munfter. Car il faut bien remarquer que ce fameux traité & les barricades font de la même année 1648.
Les guerres civiles commencèrent à Paris comme elles avaient commencé à Londres , pour un peu d'argent.
Le parlement de Paris en pofTelîion de vérifier les édits de ces taxes , s'ôppofa vivement aux nouveaux édits : il acquit la confiance des peuples, par les contradictions dont il fatigua le miniftère.
On ne commença pas d'abord par la révolte ; les efprits ne s'aigrirent & ne s'enhardirent que par degrés. La populace peut d'abord courir aux armes , & fe choifir un chef, comme on avait fait à Naples. Mais des magiitrats, , ^ des hommes d'état procèdent avec plus de maturité, & i^ commencent par obferver les bienféances, autant que l'efprit de parti peut le permettre.
Le cardinal Mayarin avait cru qu'en divifcnt adroitement la magiftrature , il préviendrait tous les troubles , mais on oppofa l'inflexibilité à la fouplefle. Il retranchait quatre années de gages à toutes les cours fupérieures , en leur remettant la paulette , c'efr-à-dire en les exemptant de payer la taxe inventée par Paulet fous Henri IV. pour s'aiTarer la propriété de leurs charges. Ce retranchement n'était pas une lélion , mais il confervait les quatre années au parlement , penfant le défarmer par cette faveur. Le parlement méprifa cette grâce qui l'expofait au reproche de préférer fon intérêt à celui des autres compagnies. Il n'en donna pas moins fon arrêt d'union avec les autres cours de juftice. Mandrin qui n'avait jamais bien pu prononcer le français , ayant dit que cet arrêt à'ognon était attentatoire , & l'ayant fait jl caiTer par le confeil , ce feul mot à'ognon le rendit ridi-
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aox Siècle le Louis X IV. iS
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cule ; & comme on ne cède jamais à ceux qu'on méprife , le parlement en devint plus entreprenant,
Il demanda hautement qu'on révoquât tous les intendans regardés par le peuple comme des exacleurs, & qu'on abolît cette magiftrature de nouvelle efpèce infHtuée fous Louis XIII, fans l'appareil des formes ordinaires ; c'était plaire à la nation autant qu'irriter la cour. Il voulait que félon les anciennes loix , aucun citoyen ne fût mis en prifon , fans que fes juges naturel1- en connurent dans les vingt-quatre heures, & rien ne paraiflait fi jufte.
Le parlement fit plus, il abolit les imendans par un arrêt, avec ordre aux procureurs du roi de fon reflort d'informer contr'eux.
Ainfi la haine contre' le miniftre , appu ie ee l'amour du bien public, menaçait la cour d'une révolution. La reine céda , elle offrit de caffer les intendans , &. demanda ^L feulement qu'on lui en biffa trois , elle fut refufée. ^i Pendant que ces* troubles commençaient, le prince
de Condé remporta la célèbre victoire de Lens , qui mettait le comble à fa gloire. Le roi qui n'avait alors que dix ans , s'écria , le parlement fera bien fâché. Ces paroles faifaient voir affez que la cour ne regardait alors le parlement de Paris que comme une aifemblée de rebelles.
Le cardinal & fes courtifans ne lui donnaient pas un autre nom. Plus les parlementaires fe plaignaient d'être traités de rebelles , plus ils faifaient de réfiftance.
La reine & le cardinal réfolurent de faire enlever trois des plus opiniâtres magiftrats du parlement ; Novion Blancménil préfident qu'on appelle à mortier , Charton préfident d'une chambre des enquêtes , & Brouffel ancien confeiller- clerc de la grand'chambre. Ils n'étaient pas chefs de parti , mais les inftrumens des chefs. Charton homme très-borné , était connu par le fobriquet du préfident Je dis ça , parce qu'il ouvrait & concluait toujours fes avis par ces mots. Brouffel n'avait de recommandable j£