‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 35 sur 189 · Chapitre IV · texte numérisé non relu

Chapitre IV

que Ces cheveux blancs , fa haine contre le miniftère , & la réputation d'élever toujours la voix contre la cour fur quelque fujet que ce fût. Ses confrères en faifaient peu de cas , mais la populace l'idolâtrait.

Au lieu de les enlever fans éclat dans le filence de la nuit , le cardinal crut en impofer au peuple en les faifant arrêter en plein midi , tandis qu'on chantait le Te Deum à Notre-Dame pour la victoire de Lens, & que les Suiffes de la chambre apportaient dans l'églife foixantetreize drapeaux pris fur les ennemis. Ce fut précifément ce qui caufa la fubverfion du royaume. Charton s'efquiva , on prit Blancménil fans peine ; il n'en fut pas de même de BrovJJêL Une vieille fer vante feule ,, en voyant jeter fon maître dans un carroffe par Comminges lieutenant des gardes du corps, ameute le peuple, on entoure le carroffe , on le brife ; les gardes-françaifes prêtent mainforte. Le prifonnier eft conduit fur le chemin de Sedan. Son enlèvement loin d'intimider le peuple , l'irrite & l'enhardit. On ferme les boutiques ; on tend les groffes chaînes de fer qui étaient alors à l'entrée des rues principales ; on fait quelques barricades ; quatre cent mille voix crient liberté & BroujfeL

Il eft difficile de concilier tous les détails rapportés par le cardinal de Ret% , madame de Motteville , Pavocat-général Talon , & tant d'autres ; mais tous conviennent des principaux points. Pendant la nuit qui fui vit l'émeute y la reine faifait venir environ deux mille hommes de troupes cantonnées à quelques lieues de Paris pour feutenir la maifon du roi. Le chancelier Séguler fe tranfportait déjà au parlement précédé d'un lieutenant & de plusieurs hoquetons , pour cafler tous les arrêts , & même , difaiton , pour interdire ce corps. Mais dans la nuit même les faclieux s'étaient affemblés chez le coadjuteur, & tout était difpofé pour mettre la ville en armes. Le peuple arrête le carroffe du chancelier & le renverfe. Il put à peine s'enfuir avec fa bru la ducheffe de Sully , qui

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malgré lui , l'avait voulu accompagner ; il fe retire en deTordre dans l'hôtel de Luines , preffé & infuîté par la populace ; le lieutenant-civil vient le prendre dans fon carroiTe & le mène au palais-royal efcorté de deux compagnies-SunTes , & d'une efcouade de gens-d'armes ; le peuple tire fur eux , quelques-uns font tués ; la ducherTe de Sully eu bîeiTée au bras. Deux cents barricades font formées en un infiant ; on les pouffe jufqu'à cent pas du palais-royal. Tous les foldats après avoir vu tomber quelques-uns des leurs reculent & regardent faire les bourgeois. Le parlement en corps marche à pied vers la reine à travers les barricades qui s'abaiffent devant lui, & redemande fes membres emprifonnés. La reine efl obligée de les rendre , & par cela même elle invite les factieux à de nouveaux outrages.

Le cardinal de Ket^ fe vante d'avoir feul armé tout |h Paris dans cette journée , qui fut nommée des barricades , & qui était la féconde de cette efpèce. Cet homme fingulier efl le premier évêque en France qui ait fait une guerre civile fans avoir la religion pour prétexte. Il s'eft peint lui-même dans fes mémoires , écrits avec un air de grandeur , une impécuofité de génie , & une inégalité, qui font l'image de fa conduite. C'était un homme qui du fein de la débauche , & languiffant encor des fuites qu'elle entraîne , prêchait le peuple , & s'en faifait idolâtrer. Il refpirait la faction & les complots : il avait été à l'âge de vingt-trois ans , l'ame d'une confpiration contre la vie de Richelieu : il fut l'auteur des barricades : il précipita le parlement dans les cabales , & le peuple dans les féditions. Ce qui paraît furprenant , c'eft que le parlement entraîné par lui , leva l'étendard contre la cour , avant même d'être appuyé par aucun prince.

Cette compagnie depuis long-tems était regardée bien différemment par la cour & par le peuple. Si l'on en croyait la voix de tous les minières & de la cour,

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