Chapitre IV. aoo
On leva douze mille hommes par arrêt du parlement: chaque porte cochère fournit un homme & un cheval* Cette cavalerie fut appellée la cavalerie des portes cocheres. Le coadjuteur avait un régiment à lui , qu'en nommait le régiment de Corinthe 9 parce que le coadjuteur était archevêque titulaire de Corinthe.
Sans les noms de roi de France, de grand Condé, de capitale du royaume , cette guerre de la fronde eût été auiïi ridicule que celle des Barberins ; on ne favait pourquoi on était en armes. Le. prince de Condé afliégea cinq cent mille bourgeois avec huit mille foîdats. Les Parifiens fortaient en campagne ornés de plumes & de rubans ; leurs évolutions étaient le fujet de plaifanterie des gens du métier. Ils fuyaient dh qu'ils rencontraient deux cents hommes de l'armée royale. Tout fe tournait en raillerie ; le régiment die Corinthe ayant été battu par un petit parti, on appella cet échec, la première aux Corinthiens,
Ces vingt confeillers , qui avaient fourni chacun quinze mille livres , n'eurent d'autres honneurs que d'être appelles les quinze-vingts.
Le duc de Beaufort- Vendôme , petit-fils de Henri IV l'idole du peuple & l'inftrument dont on fe fervit pour lefoulever , prince populaire, mais d'un efprit borné > était publiquement l'objet des railleries de la cour & de la fronde même. On ne parlait jamais de lui , que fous le nom de roi des halles. Une balle lui ayant fait une contufionau bras, il difait qae ce n'était qu'une confufion. La ducherTe de Nemours rapporte dans fes mémoires que le prince de Condé préfenta à la reine un petit nain boffu , armé de pied en cap. " Voilà , dit-il , le généra- „ liflime de l'armée Parifienne. „ Il voulait par-là défigner fon frère le prince de Contii qui était en effet boflu * & que les Parifiens avaient choiii pour leur général. Cependant ce même Condé fut enfuite général des Siècle de Louis XIV Tom. V. O Q
ï aïo Siècle de Louis XIV.
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mêmes troupes ; & madame de Nemours ajoute qu'il difait que toute cette guerre ne méritait d'être écrite qu'en vers burlefques.
Les troupes Parifiennes , qui fortaient de Paris & qui revenaient toujours battues , étaient reçues avec des huées & des éclats de rire. On ne réparait tous ces petits échecs que par des couplets & des épigrammes. Les cabarets , & les autres maifons de débauche étaient les tentes où l'on tenait les confeils de guerre , au milieu des plaifanteries , des chanfons , & de la gaieté la plus diflblue. La licence était fi effrénée, qu'une nuit les principaux officiers de la fronde, ayant rencontré le St. Sacrement qu'on portait dans les rues à un homme qu'on foupçonnait d'être Malaria , reconduifirent les prêtres à coups de plat-d'épée.
Enfin on vit le coadjuteur, archevêque de Paris f venir prendre féance au parlement avec un poignard dans fa poche , dont on appercevait la poignée , & on criait : Voila le bréviaire de notre archevêque.
Il vint un héraut d'armes à la porte St. Antoine , accompagné d'un gentilhomme ordinaire de la chambre du roi , pour fignifier des propofitions. Le parlement ne voulut point le recevoir ; mais il admit dans la grand'chambre un envoyé de l'archiduc Léopold qui faifait alors la guerre à la France.
Au milieu de tous ces troubles , la noblefle s'afTembla en corps aux auguftins , nomma des fyndics, tint publiquement des féances réglées. On eût cru que c'était pour réformer la France , & pour aflembler les étatsgénéraux ; c'était pour un tabouret que la reine avait accordé à madame de Pons ; peut-être n'y a-t-ii jamais eu une preuve plus fenfible de la légèreté des efprits qu'on reprochait alors aux Français.
Les difcordes civiles, qui défolaient l'Angleterre pré-
cifément en même tems, fervent bien à faire voir les
^ caractères des deux nations. Les Anglais avaient mis dans