Chapitre V
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Alors le cardinal Ma^arin , qui du fond de fon exil à Cologne avait gouverné la cour , rentra dans le royaume , moins en miniftre qui venait reprendre fon pofte, qu'en fouverainqui fe remettait en poffeflion de fes états; il était conduit par une petite armée de fept mille hommes levés à fes dépens j c'eft-à-dire , avec l'argent du royaume qu'il s'était approprié.
On fait dire au roi dans une déclaration de ce tems-là, que le cardinal avait en effet levé ces troupes de fon argent : ce qui a*it confondre l'opinion de ceux qui ont écrit , qu'à fa première fortie du royaume , Ma^arin s'était trouvé dans l'indigence. Il donna le commandement de fa petite armée au maréchal (V Ho cquin couru Tous les officiers portaient des écharpes vertes : c'était la couleur des livrées du cardinal. Chaque parti avait alors fon écharpe. La blanche était celle du roi ; l'ifabelle , celle du prince de Condé. Il était étonnant que le cardinal Majarin , qui avait jufques alors affecté tant de if modeftie , eût la hardieffe de faire porter fes livrées à une armée , comme s'il avait un parti différent de celui de fon maître ; mais il ne put réirfter à cette vanité. C'était précifément ce qu'avait fait le maréchal à' Ancre , & ce qui contribua beaucoup à fa perte. La même témérité réulfit au cardinal Malaria, La reine l'approuva. Le roi , déjà majeur , & fon frère , allèrent au-devant de lui.
Aux premières nouvelles de fon retour , Gajion d'Orléans; frère de Louis XIII qui avait demandé l'éloignement du cardinal , leva des troupes dans Paris, fans favoir à quoi elles feraient employées. Le parlement renouvella fes arrêts ; il profcrivit Mo{arin , & mit fa tête à prix. Il fallut chercher dans les regiflres, quel était le prix d'une tête ennemie du royaume. On trouva que fous Charles IX. on avait promis par arrêt cinquante mille écus à celui qui représenterait l'amiral Colignï mort ou vif. On crut très-férieufement procéder en règle, en mettant ce même prix à l'affanmat
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d'un cardinal premier miniflre. Cette profcriprion ne donna à perfonne la tentation de mériter les cinquante mille écus , qui après tout n'euflent point été payés. Chez une autre nation & dans un autre tems , un tel arrêt eût trouvé des exécuteurs ; mais il ne fervit qu'à faire de nouvelles plaifanteries.Les Blots & les Marigny , beaux efprits qui portaient la gaieté dans les tumultes de ces troubles, firent afficher dans Paris une répartition des cent cinquante mille livres ; tant pour qui couperait le nez au cardinal, tant pour une oreille, tant pour un œil , tant pour le faire eunuque. Ce ridicule fut tout l'effet de la profcription contre la perfonne du miniflre; mais fes meubles & fa bibliothèque furent vendus par un fécond arrêt ; cet argent était defliné à payer un affadi n ; il fut difïïpé par les dépofit aires , comme tout l'argent qu'on levait alors. Le cardinal , de fon côté , n'employait contre fes ennemis , ni le poifon , ni l'affafïinat ; & malgré l'aigreur & la manie de tant de partis & de tant de haines, on ne commit pas autant de grands crimes , les chefs de parti furent moins cruels & les peuples moins furieux que du tems de la ligue ; car ce n'était pas une guerre de religion.
L'efprit de vertige qui régnait en ce tems, pofsèda fi bien tout le corps du parlement de Paris , qu'après avoir fplemnellement ordonné un affaffinat' dont on fe moquait , il rendit un arrêt , par lequel plufieurs confeillers devaient fe tranfporter fur la frontière, pour informer contre l'armée du cardinal Ma\arin, c'efl-à-dire, contre l'armée royale.
Deux confeillers furent afîez imprudens, pour aller avec quelques payfans, faire rompre les ponts par où le cardinaL devait palier : l'un d'eux nommé Bitaut fut fait prifonnier par les ttoupes du roi , relâché avec indulgence , & moqué de tous les partis.
Cependant le roi majeur interdit le parlement de Paris, & îe transfère à Pontoife. Quatorze membres attachés à