Chapitre V
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Ce défordre en tout genre, continua depuis 1644 jufqu'en 1653, d'abord fans trouble, enfin dans des féditions continuelles d'un bout du royaume à l'autre. Le grand Condé s'oublia jufqu'à donner un foufflet au comte de Rieux fils du prince tfElbœuf, chez le duc d'Orléans ; ce n'était pas le moyen de regagner le cœur des Parifiens. Le comte de Rieux rendit le foufflet au vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Norlingue & de Lens. Cette étrange aventure ne produifit rien ; Monfieur fit mettre pour quelques jours le fils du duc d'Eîbœufà la baïtille, & il n'en fut plus parlé.
La querelle du duc de Beau fort & du duc de Nemours fon beau - frère fut férieufe. Il s'appellèrent en duel -, ayant chacun quatre féconds. Le duc de Nemours fut tué par le duc de Beaufort, & le marquis de Vïllars fur nommé Orondate , qui fécondait Nemours , tua fon adverfaire Eericourt, qu'il n'avait jamais vu auparavant. De juftice il n'y en avait pas l'ombre. Les duels étaient fréquens , les déprédations continuelles ; les débauches pouffées jufqu'à l'impudence publique ; mais au milieu de ces défordres il régna ' toujours une gaieté qui les rendit moins funeftes.
Après le fanglant & inutile combat de St. Antoine > le roi ne put rentrer dans Paris, & le prince n'y put demeurer long - teins* CJne émotion populaire , & le meurtre de plulîeurs citoyens dont on le crut l'auteur i le rendirent odieux au peuple. Cependant il avait encor fa brigue au parlement. Ce corps, peu intimidé alors par une cour errante i & chaffée en quelque façon de la capitale , preffée par les cabales du duc d'Orléans & du prince , déclara par un arrêt , le duc d'Orléans lieutenant-général du royaume^ quoique le roi fut majeur : c'était le même titre qu'on avait donné au duc de Mayenne j du teins de la ligue* Le prince de Condé fut nommé généraliffime des armées. Les deux parle- Jk mens de Paris & de Pontoife fe contenant l'un à l'autre O Siècle de Louis XIV. Tom. V, -P. Q
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leur autorité, donnant des arrêts contraires, & qui parlà fe feraient rendus le mépris du peuple , s'accordaient à demander l'expulfion de Malaria ; tant la luine contre ce minifire femblait alors le devoir effentiel d'un Français.
Il ne fe trouva dans ce tems aucun parti qui ne fût faible; celui de la cour Tétait autant que les autres; l'argent & les forces manquaient à tous; les factions fe multipliaient ; les combats n'avaient produit de chaque coté que des pertes & des regrets. La cour fe vit obligée de facrifîer encor Ma{arin, que tout le mondé appellait la caufe des troubles , & qui n'en était que le prétexte. Il fortit une féconde fois du royaume ; pour furcroît de honte , il fallut que le roi donnât une déclaration publique, par laquelle il renvoyait fon miniftre en vantant fes fervices , & en fe plaignant de fon exil.
Charles L roi d'Angleterre venait de perdre la tête fur un échafFaut , pour avoir dans le commencement des troubles, abandonné te fang de Strafford fon ami à fon parlement. Louis XIV. au contraire , devint le maître paifible de fon royaume en fouffrant l'exil de Malaria* Ainfi les mêmes faibleffes eurent des fuccès bien différens. Le roi d'Angleterre, en abandonnant fon favori , enhardit un peuple qui refpirait la guerre & haïfîait les rois : & Louis XIV. ou plutôt la reine mère , en renvoyant le cardinal , ôta tout prétexte de révolte à un peuple las de la guerre , 8c qui aimait la royauté.
Le cardinal à peine parti pour aller à Bouillon, lieu de fa nouvelle retraite , les citoyens de Paris , de leur feul mouvement , députèrent au roi pour le fupplier de revenir dans fa capitale. Il y rentra ; & tout y fut fi paifible , qu'il eût été difficile d'imaginer que quelques jours auparavant tout avait été dans la confufron. Gafton d'Orléans, malheureux dans fes entreprifes qu'il ne fut ^l jamais foutenir , fut relégué à Blois, où il pafTa le relie
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de fa vie dans le repentir; & il fut le deuxième âïs de Hen^i le Grand , qui mourut fans beaucoup de gloire. Le cardinal de RetÇ, peut-être aufïï imprudent que fublime & audacieux , fut arrêté dans le louvre ; & après avoir été conduit de prifon en prifon , ii mena longtems une vie errante , qu'il finit enfin dans la retraite , où il acquit des vertus que fon grand courage n'avait pu connaître dans les agitations de fa fortune.
Quelques confeillers , qui avaient le plus abuféde leur miniftère , payèrent leurs démarches par l'exil ; les autres fe renfermèrent dans les bornes de la magifrrature & quelques - uns s'attachèrent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq cents écus, que Fouquet procureur - général & fur-intendant des finances leur fit donner fous main. (1)
Le prince de Condé cependant, abandonné en France de prefque tous fes partifans, & mal fecouru des Efpagnoîs, continuait fur les frontières de la Champagne une guerre malheureufe. Il reitait encor des faclions dans Bordeaux; mais elles furent bientôt appaifées.
Ce calme du royaume était l'effet du bannifferoent du cardinal Malaria ; cependant à peine fut-il chaffé par le cri général des Français, & par une déclaration du roi , que le roi le fit revenir. Il fut étonné de rentrer dans Paris , tout puiffant & tranquille. Louis XIV. le reçut comme un père , & le peuple comme un maître. On lui fit un feftin à Phôtel-de-ville , au milieu des acclamations des citoyens : il jeta de l'argent à la populace ; mais on dit que dans la joie d'un fi heureux changement, il marqua du mépris pour notre inconftance. Les officiers du parlement, après avoir mis fa tête à prix comme celle d'un voleur public, briguèrent prefque tous l'honneur de venir lui demander fa proteâion ; & ce même parlement peu de tems après condamna par contumace le prince de Condé à perdre la vie; changement ordi- (1) Mémoires de GourvilU,
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naire dans de pareils tems, & d'autant plus humiliant, que l'on condamnait par des arrêts, celui dont on avait II long-tems partagé les fautes.
On vit le cardinal , qui prefTait cette condamnation de Condé, marier au prince de Conti fon frère Tune de fes nièces ; preuve que le pouvoir de ce miniflre allait être fans bornes.
Le roi réunit les parlemens de Paris & de Pontoife ; il défendit les aflemblées des chambres. Le parlement voulut remontrer , on mit en prifon un confeiller, on en exila quelques autres; le parlement fe tut; tout était déjà changé.