Chapitre Vf
mandait pas. Ainf? il ne fut pas difficile à Turenne de vaincre. Les fix mille Anglais contribuèrent à la vicloire, elle fut complette. Les deux princes d'Angleterre qui furent depuis rois , virent leurs malheurs augmentes dans cette journée par Tafcendant de Cromwdl,
Le génie du grand Condé ne put rien contre les meilleures troupes de France & d'Angleterre. L'armée Efpagncle fur détruite. Dunkerque fe rendit bientôt après. Le roi accourut avec fon mmiftre pour voir parler la garnifon. Le cardinal ne laiifa paraître Louis XIV, ni comme guerrier , ni comme roi ; il n'avait point d'argent à diitribuer aux foldats ; à peine était-il fervi : il allait manger chez Ma{arin, gu chez le prince de Turenne, quand il était à l'armée. Cet oubli de la dignité royale, n'était pas dans Louis XIV, l'effet du mépris peur le faite; mais celui du dérangement de {es affaires, & du foin quele cardinal avait de réunir pour foi-même la fplendeur & l'autorité. ££
Louis n'entra dans Dunkerque , que pour la rendre au lord Lockhart ambaffadeur de Crcmudl. Ma^arin , efTaya fi, par quelque finefTe il pourrait éluder le traité, & ne pas remettre la place. Mais Lockhart menaça, & la fermeté Anglaife l'emporta fur l'habileté Italienne.
Plufieurs perfonnes ont afluré que le cardinal qui s'était attribué l'événement d'Arras , voulut engager Turenne à lui céder l'honneur de la bataille des. Dunes. Du Bec- Crépin, compte de Moret, vint dit-on, de la part du miniftre , propofer au général d'écrire une lettre, par laquelle il parut , que le cardinal avait arrangé lui-même tout le plan des opérations. Turenne reçut avec mépris ces infinuations , & ne voulut point donner un aveu , qui eût produit la honte d'un général d'armée & le ridicule d'un homme d'églife. Ma\arin , qui avait eu cette faibleffe , eut celle de refter brouillé jufqu'a fa mort avec Turenne,
Au milieu de ce premier triomphe , le roi tomba ma-
|Ô 238 Siècle de Louis XIV. Ç
lade à Calais , & fut plufieurs jours à la mort. Auffi-rôt les courtiians fe tournèrent vers fon frère Molifièùr. Ma^arin , prodigua les ménagemens \ les flatteries & les promefles au maréchal du Flejfzs-Pralm , ancien gouverneur de ce jeune prince, & au comte de Cuiche fon favori. Il fe forma dans Paris une cabale allez hardie pour écrire à Calais contre le cardinal. Il prit (es raefures pour fortir du royaume & pour mettre à couvert fes richefïes immenfes. Un empirique d'Àbbeville , guérit le roi avec du vin émétique que les médecins de la cour regardaient comme un poifon. Ce bon homme s'afTeyaic fur le lit du roi , & difait, voilà un garçon bien malade, mais il n'en mourra pas. Dès qu'il fut convalefcent , le cardinal exila tous ceux qui avaient cabale contre lui.
Peu de mois après mourut Cromwell à l'âge de cinquante-cinq ans , au milieu des projets qu'il faifait , pour l'afFermiiTement de fa puiffance, & pour la gloire de fa H nation. Il avait humilié la Hollande , impbie les conditions d'un traité au Portugal , vaincu l'Efpagne , & forcé la France à briguer fon alliance, il avait dit depuis peu , en apprenant avec quelle hauteur fes amiraux s'étaient conduits à Lisbonne : Je veux qu'on refpeâe la république Anglaife, autant qu'on a refpeâé autrefois la république Romaine. Les médecins lui annoncèrent la mort. Je ne faiss'ileft vrai qu'il fit dans ce moment l'enthoufiafte & le prophète , & s'il leur répondit que Dieu ferait un miracle en fa faveur. Thurlo , fon fecretaire prétend qu'il leur dit : La nature peut plus que les médecins. Ces mots ne font point d'un prophète, mais d'un homme très-fenfé. Il fe peut qu'étant convaincu que les médecins pouvaient fe tromper, il voulut en cas qu'il en réchappât le donner auprès du peuple la gloire d'avoir prédit fa guérifon , & rendre par-là fa perfonne plus refpectable , & même plus facrée.
Il fut enterré en monarque légitime , & laifTa dans l'Eul rope la réputation d'un homme intrépide, tantôt fanatique, jt