‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 62 sur 189 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

fes frontières , tenant fes troupes dans la difcipline , augmentant leur nombre, faifant des revues fréquentes. Les Turcs étaient alors très-redoutables en Europe; ils attaquaient à la fois l'empereur d'Allemagne & les Vénitiens. La politique des rois de France a toujours été, depuis François L d'être alliés des empereurs Turcs , non-feulement pour les avantages du commerce , mais pour empêcher la maifon d'Autriche de trop prévaloir. Cependant un roi chrétien ne pouvait refufer du fecours à l'empereur trop en danger, & l'intérêt de la France était bien que les Turcs inquiétaient la Hongrie, mais non pas qu'ils l'envahi/fent; enfin fes traités avec l'Empire lui faifâient un dévoir de cette démarche honorable. Il envoya donc fix mille hommes en Hongrie, fous les ordres du comte de Coligni, feul refte de la maifon de ce Coligni, autrefois fi célèbre dans nos guerres civiles, & qui mente peut-être uoe auffi grande renommée que cet amiral,

l par fon courage & par fa vertu. L'amitié l'avait atta- S ché au grand Condé , & toutes les offres du cardinal fe Ma{arin , n'avaient jamais pu l'engager à manquer à fon ami. Il mena avec lui l'élite de k nobleffe de France, & entr'autres le jeune la Fcuillade , homme entreprenant , & avide de gloire & de fortune.. Ces Français allèrent fervir en Hongrie fous le général Montécuculi,

j qui tenait tête alors au grand-vifir KÏuperU ou Kouprogli, qui depuis en fervant contre la France, balança h réputatfon de Turenne. Il y eut un grand combat I à St. Gothard au bord du Raab , entre les Turcs & l'armée de l'empereur. Les Français y firent des prodiges de valeur ; les Aliemans même, qui ne les aimaient point, furent obligés de leur rendre juftice ; mais ce n'efï pas la rendre aux Aliemans , de dire , comme on a fait dans tant de livres , que les Français eurent feuls l'honneur de la victoire.

Le roi , en mettant fa grandeur à fecourir ouverte-

à ment l'empereur , & à donner de l'éclat aux armes Fran-

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caifes, mettait fa politique à foutenir fecrétement le Portugal contre PEfpagne. Le cardinal Malaria avait abandonné formellement les Portugais par le traité des Pyrénées; mais l'Efpagnol avait fait piufieurs petites infractions tacites à la paix. Le Français en fit une hardie & décifive : le maréchal de Uhomberg, étranger & huguenot, pafTa en Portugal avec quatre mille foldats Français qu'il payait de l'argent de Louis XI V. & qu'il feignait de foudoyer au nom du rci de Portugal. Ces quatre mille foldats Français, joints aux troupes Portugaifes, remportèrent à Villa-Viciofa une victoire complette , qui affermit le trône dans la maifon de Bragance. Ainfi Louis XIV. parlait déjà pour un prince guerrier & politique , l'Europe le redoutait même avant qu'il eût encor fait la guerre.

Ce fut par cette politique , qu'il évita , malgré fes promefTes, de joindre le peu de. vaifTeaux qu'il avait i\ alors , aux flottes Hollandaifes. Il s'était allié avec la Hol- \* lande en 1662. Cette république, environ ce tems-là, recommença la guerre contre l'Angleterre , au fujet du vain & bizarre honneur du pavillon , & des intérêts réels de fon commerce dans les Indes. Louis voyait avec plaifir ces deux puifTances maritimes mettre en mer tous les ans , l'une contre l'autre , des flottes de cent vaifTeaux , & fe détruire mutuellement par les batailles les plus opiniâtres qui le foient jamais données , dont tout le fruit était l'aftaiblifTement dès deux partis. Il s'ea donna une I qui dura trois jours entiers. Ce fut dans ces combats , que le Hollandais Raiter, acquit la réputation du plus grand homme de mer qu'on eût vu encor. Ce fut lui qui alla brûler les plus beaux vaifTeaux d'Angleterre jufques dans fes ports à quatre lieues de Londres. Il fit triompher la Hollande fur les mers dont les Anglais avaient toujours eu l'empire, & où Louis XI f. n'était rien enccr. La domination de FOcéan était partagée depuis quelque teras entre ces deux nations. L'art de construire les

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