Chapitre VII
vaifTeaux , & de s'en fervir pour le commerce & pour la guerre , n'était bien connu que d'elles. La France fous le miniftre Richelietè, fe croyait puiflame fur mer , parce que d'environ foixante vaiiieaux ronds que l'on comptait dans fes ports, elle pouvait en mettre en mer environ trente , dont un feul portait foixante - dix canons. Sous Maçarin, on acheta des Hollandais le peu de vaifTeaux que l'on avait. On manquait de matelots, d'officiers, de manufactures, pour la conftru&ion & pour l'équipement. Le roi entreprit de réparer les ruines de îa marine, & de donner à la France tout ce qui lui manquait avec u?he diligence incroyable: mais en 1664. & l66$ , tandis que les Anglais & les Hollandais couvraient l'Océan de près de trois cents gros vaifTeaux de guerre , il n'en avait encor que quinze ou feize du dernier rang, que le duc de Beaufort occupait contre les pirates de Barbarie ; & lorfque les Etats- Généraux prefsèrent Louis XIV, de joindre fa flotte à la leur , il ne fe trouva dans le port de Brelr. qu'un feul brûlot , qu'on eut honte de faire partir, & qu'il fallut pourtant leur envoyer fur leurs inftances réitérées* Ce fut une honte que Louis XIV. s'emprefTa bien vite d'effacer.
Il donna aux Etats un fecours de fes forces de terre , plus eflenuer& plus honorable. Il leur envoya fix mille Français, pour les défendre contre l'évêque de Munfler, Chrijïophe-Bernard de Galen , prélat guerrier & ennemi implacable , foudoyé par l'Angleterre pour défoler la Hollande ; mais il leur fit payer chèrement ce fecours , & les traita comme un homme puiiTant , qui vend fa protection à des marchands opulens. Colbert mit fur leur compte, non-feulement la folde de fes troupes, mais jufqu'aux frais d'une ambaiTade envoyée en Angleterre , pour conclure leur paix avec Charles II, Jamais fecours ne fut donné de fi mauvaife grâce , ni reçu avec moins de reconnaiflance.
Le roi ayant ainfi aguerri fes troupes & formé* de
ë • r 3 : ■ xit
Siècle de Louis XIV. GS
nouveaux officiers en Hongrie , en Hollande, en Portugal, refpeclé & vengé dans Rome , ne voyait pas un feul potentat qu'il dut craindre. L'Angljfterre ravagée par la perte , Londres réduite en cendres par une incendie attribué injustement aux catholiques; la prodigalité & l'indigence continuelle de Charles II. aufïi dangereufes pour fes affaires que la contagion & l'incendie, mettaient la France en fureté du côté des Anglais. L'empereur réparait à peine l'épuifement d'une guerre contre les Turcs. Le roi d'Efpagne Philippe IV. mourant , & fa monarchie autîî faible que lui, lanTaient Louis XIV. le feul puiifant & le feul redoutable. Il était jeune, riche, bien fervi , obéi aveuglément, & marquait l'impatience de fe fignaler & d'être conquérant.