‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 65 sur 189 · Chapitre VIII · texte numérisé non relu

Chapitre VIII

juger par les loix des nations à un tribunal dénntérefTe , l'affaire eût été un peu douteufb.

Louis y fit examiner fes droi.ts par fon confeil , & "par des théologiens , qui les jugèrent incontestables ; mais le confeil & le confeïfeur de la veuve de Philippe IV. les trouvaient bien mauvais. Elle avait poubelle une puifTante raifon , ia loi expreffe de Charles- Quint; mais les ioix de Charles- Quint n'étaient guère fuivies par la cour de France.

Un des prétextes, que prenait îe confeil du roi, était," que les cinq cent mille écus donnés en dot à fa femme , n'avaient point été payés ; mais on oubliait , que la dot de la fille de Henri IV. ne l'avait pas éré davantage. La France &l'Éfpagne combattirent d'abord par des écriés, où l'on étala des calculs de banquier & des railons d'avocat ; mais la feule raifon d'état était écoutée. Cette raifon d'état fut bien extraordinaire. Louis XIV, allait attaquer un enfant dont il devait être naturellement le protecteur , puisqu'il avait époufé la fceur de cet enfant. Comment pouvait-il croire que l'empereur Léopold, regardé comme le chef de la maifon d'Autriche le lairTerait opprimer cette maifon & s'agrandir dans la Flandre ? Qui croirait que l'empereur & le roi de France euffent déjà partagé en idée les dépouilles du jeune Charles d'Autriche roi d'Efpagne?On trouve quelques traces de cette trille véritédans les mémoires du marquis de Torci , ( 1 ) mais elles font peu démêlées. Le tems a enfin dévoilé ce myftère , qui prouve qu'entre les rois la convenance &le droit du plus fort , tiennent lieu de juftice , fur-tout quand cette juftice femble douteufe.

Tous les frères de Charles IL roi d'Efpagne étaient morts. Charles était d'une complexion faib/e & mal-faine. Louis XIV. & Léopold, firent dans fon enfance à-peuprès le même traité de partage qu'ils entamèrent depuis à fa mort. Par ce traité qui eft actuellement dans

(1) Tom. 1 , pag. 36 , édition fuppofée de la Haye-,

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le dépôt du louvre, Léopold devait la iffer £oz//5 X/F. fe mettre déjà en poflefïïon de la Flandre, à condition qu'à la mort de Charles ; l'Efpagne paierait fous la domination de l'empereur. Il n'eft pas dit s'il en coûta de l'argent pour cette étrange négociation. D'ordinaire ce principal article de tant de traités demeure fecret.

Léopold , n'eut pas ii-tô1: figné l'acte, qu'il s'en repentit. Il exigea au moins qu'aucune cour n'en eût connaiiTance , qu'on n'en fît point point une double copie félon l'ufage- , & que le feuî infiniment qui devait fubiiiter fût enfermé dans une cafîette de métal, dont l'empereur aurait une clef & le roi de France l'autre. Cette caffere dut être dépofée entre les mains du grand-duc de Florence. L'empereur la remit pour cet effet entre les mains de l'ambaffadeur de France à Vienne , & le roi envoya feize de fes gardes du corps aux portes de Vienne pour accompagner le courrier, de peur que l'empereur ne. changeât d'avis & ne fît enlever la caffette fur la route. Elle fut portée à Verfailles & non à Florence , ce qui laide foupçonner que Léopold avait reçu de l'argent, puifqu'il n'ofa fe plaindre.

' Voila comme l'empereur laifla dépouiller le roi d'Efpagne. Le roi , comptant encor plus fur fes forces que fur fes raifons , marcha en Flandre à des conquêtes alfurées. Il était à la tête de trente-cinq mille hommes; un autre corps de huit mille fut envoyé vers Dunkerque; un de quatre mille vers Luxembourg. Turenne était fous lui le général de cette armée. Colbert avait multiplié les reffources de l'état pour fournir à ces dépenfes. Louvois , nouveau minière de la guerre , avait fait des préparatifs immenfes pour la campagne. Des mag-afins de toute efpèce étaient diftribués fur la frontière. Il introduire le premier cette méthode avantageufe , que la faibleffe du gouvernement avait jufqu'alors rendue impraticable , de faire fublifter les armées par magafin : quelque fiége que le roi YQUJût faire , de quelque côté qu'il tournât fes armes,

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