‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 66 sur 189 · Chapitre VIII. 265 Ô · texte numérisé non relu

Chapitre VIII. 265 Ô

ies fecours en tout genre étaient prêts , les îogemens des troupes marqués, leurs marches réglées. La difcipHne , rendue plus févère de jour en jour par l'auftérité inflexible du miniftre, enchaînait tous les officiers à leur devoir. La préfence d'un jeune roi , l'idole de fon armée , leur rendait la dureré de ce devoir aifée & chère. Le grade militaire commença dès-lors à ê're un droit beaucoup au defTus de celui de la naiîfance. Les fervices, & non les <..ïeux, furent comptés, ce qui ne s'était guère vu ehcor. Par-là l'officier de la plus médiocre naifïance fut encouragé, fans que ceux de la plus haute eufTent à fe plaindre. L'infanterie, fur qui tombait tout le poids de la guerre depuis l'inutilité reconnue des lances , partagea les récompenfes, dont la cavalerie était en poffeifion. Des maximes nouvelles dans le gouvernement infpiraient un nouveau courage.

Le roi , entre un chef & un miniftre également habiles , tous deux jaloux l'un de l'autre, & cependant à| ne l'en fervant que mieux , fuivi des meilleurs troupes de l'Europe , enfin ligué de nouveau avec le Portugal , attaquait avec tous ces avantages , une province mal défendue d'un royaume ruiné ce déchiré. Il n'avait à faire qu'à fa belle-mère, femme faible, gouvernée par un jéfuite, dont l'adminiitration méprifée& malheureufe, laiilait la monarchie Espagnole fans défenfe. Le roi de France avait tout ce qui manquait à l'Efpagne.

L'art d'attaquer les places comme aujourd'hui , n'était pas encor perfectionné , parce que celui de les bien fortifier & de les bien défendre, était plus ignoré. Les frontières de la Flandre Efpagnole étaient prefque fans fonincations & fans garnifons.

Louis y n'eut qu'a fe préfenter devant elles. Il entra dans Charleroi , comme dans Paris, Ath, Tournai , furent prifes en deux jours ; Furnes , Armantières , Courtrai , ne tinrent pas davantage. Il defcendit dans la tranchée 11; devant Douai, & elle fe rendit le lendemain. Lille,

^^^--^^^---^^-■^^■^7^4^'^' "' uui-'"^j -^ " '****j?Qr%

FI ■ ■»' I lUttigg^gl

la plus floriffante ville de ces pays , la feule bien fortifiée , & qui avait une garni (on de fix mille hommes , capitula après neuf jours de fiége. Les Efpagnols n'avaient que huit mille hommes à oppofer à l'armée vi&orieufe ; encor t'arrière-garde de cette petite armée fut-elle taillée * en pièces par le marquis depuis maréchal de Créqui. Le refte fe cacha fous Bruxelles & fous Mons , laiifant le roi vaincre fans combattre.

Cette campagne , faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des fuccès fi faciles , parut le voyage d'une cour. La bonne chère , le luxe & les plaifirs s'introduifirent alors dans les armées, dans le tems même ' que la difciplin? ?' femifTait. Les officiers faifaient le devoir militaire beaucoup plus exactement , mais avec des commodités plus recherchées. Le maréchal de Turenne n'avait eu long-tems que des afliettes de fer en campagne. Le marquis d'Humières, fut le premier au fiége d'Arras en 165 8, qui fe fit fervîr en vaiffelle d'argent à la tranchée , Se qui y fit manger des ragoûts & des entremets. Mais dans cette campsgne de 1667, où un jeune roi aimant la magnificence , étalait celle de fa cour dans les fatigues de la guerre , tout le monde fe piqua de fomptuofité & de goût dans la bonne chère, dans les habits-, dans les équipages. Ce luxe, la marque certaine de la richelfe d'un grand état, & fouvent h caufe de la décadence d'un petit , était cependant encor très-peu de chofe auprès de celui qu'on a vu depuis. Le roi , fes généraux & fes miniftres , allaient au rendezvous de l'armée à cheval , au lieu qu^aujourd'hui il n'y a point de capitaine de cavalerie, ni de fecretaire d'un officier général , qui ne farTent ce voyage en chaife de poire avec des glaces' & des refforts , plus commodément & plus tranquillement , qu'on ne faifait alors une vifite dans Paris d'un quartier à un autre.

La délicatefTe des officiers ne les empêchait point alors 31 d'aller à la tranchée, avec le pot en tête & la cuiraffe j

Page 1