Chapitre IX
neur d'être l'arbitre entre les couronnes. Elle n'avait pu l'obtenir au traité des Pyrénées : elle parut l'avoir au moins à la paix d'Aix-la-Chapelle. Un nonce fut envoyé à ce congrès , pour être un fantôme d'arbitre entre des fantômes des plénipotentiaires. Les Hollandais , déjà jaloux delà gloire, ne voulurent point partager celle de conclure ce qu'ils avaient commencé. Tout fe traitait en effet à St. Germain , par le miniftère de leur ambaffadeur Van-Beuning. Ce qui avait été accordé en fecret par lui , était envoyé à Aix-la-Chapelle , pour être figné avec appareil par les minières alfembîés au congrès. Qui eût dit trente ans auparavant, qu'un bourgeois de Hollande obligerait la France & l'Efpagne à recevoir fa médiation. Ce Van-Beuning > échevin d'Amlterdam , avait la vivacité d'un Français & la fierté d'un Efpagnol. Il fe plaifait à choquer , dans toutes les occafions , la hauteur impérieufe du roi ; & oppofait une inflexibilité républicaine , r| au ton de fupériorité, que les miniitres de France S commençaient à prendre. Ne vous fie^-vous pas a la parole du roi ? lui difait monfieur de Lionne dans une conférence. J'ignore ce que veut le roi , dit Van-Beuning ; je confidère ce qu'il peut. Enfin à la cour du plus fuperbe monarque du monde, un bourguemeftre conclut avec autorité une paix, par laquelle le roi fut obligé de rendre la Franche-Comté. Les Hollandais eufTent bien mieux aimé qu'il eût rendu la Flandre , & être délivrés d'un voifin fi redoutable : mais toutes les nations trouvèrent que le roi marquait afTez de modération , en fe privant de la Franche- Comré. Cependant il gagnait davantage en retenant les villes de Flandre ; & il s ouvrait les portes de la Hollande , qu'il fongeait à détruire dans le tems qu'il lui cédait.
• Siècle de Louis XJV. Tom. Vi £
f 274 Siècle de Louis XIV. -,