Chapitre X
I^ora Jean de Bragance , y régnait. Il était furieux & imbécille. Sa femme, fille du duc de Nemours , amou^reufe de Dom Pèdre , frère à'Alphonfe , ofa concevoir le projet de détrôner fon mari & d'époufer fon amant. L'abrutifTement de fon mari juftifia l'audace de la reine* Il était d'une force de corps au deiîus de l'ordinaire. Il avait eu publiquement d'une courtifane un enfant qu'il avait reconnu» Enfin il avait couché très-Iong-tems avec la reine» Malgré tout cela , elle l'accufa d'impuiffance ; & ayant acquis dansle royaume par fon habileté, Tautoritéque fon mari avait perdue par fes fureurs , elle le fit enfermer. Elle obtint bientôt de Rome une bulle pour époufer fon beau-frère. 11 n'eft pas éronnant que Rome ait accordé cette bulle; mais il Peft , que des perfonnes toutespuiffantes en aient befoin. Ce que Jules IL avait accordé fans difficulté au roi d'Angleterre Henri VIJÏ. Urbain VIII. l'accorda à Tépoufe d'un roi de Portugal* La plus petite intrigue fait dans un tems ce que les plus grands refTorts ne peuvent opérer dans un autre. Il y a toujours deux poids & deux mefures pour tous les droits des rois & des peuples , & ces deux meiures étaient au Vatican depuis que les papes influèrent fur lés affaires de l'Europe. Il ferait impoffible de çompren re , comment tant de nations avaient laiffé une fi errance autorité au pontife de Rome , fi on ne favait combien l'ufage a de force.
Cet événement , qui ne fut une révolution que dans la famille royale, & non dans le royaume de Portugal , n'ayant rien changé aux affaires de l'Europe , ne mérite d'attention que par fa fingularicé.
La France reçut bienrôt après un roi qui defcendait du trône d'une autre manière. Jean Cajimir roi de Pologne renouvella l'exemple de la reine Lhrijiin?. Fatigué des embarras du gouvernement , & voulant vivre heureux , il choifit fa retraite à Paris, dans l'abbaye de Su Germain dont il fut abbé. Paris, devenu depuis quelques années
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le féjour de tous les arts , était une demeure délicieufe pour un roi , qui cherchait les douceurs de la fociété , & qui aittiait les le:tres. Il avait été jéfuite & cardinal , avant d'être roi ; <k dégoûté également de la royauté & de l'églife , il ne cherchait tju'à vivre en particulier & en fage , & ne Voulut jamais fouffrir qu'on lui donnât à Paris le titre de majefté.
Mais une affaire plus intéreffante tenait tous les princes chrétiens attentifs.
Les Turcs , moins formidables à la vérité que du tems des Mahomets , des Selims & des Solimans , mais dangereux encor & forts de nos divifions , afliégeaient depuis deux ans Candie , avec toutes les forces de leur empire. On ne fait s'il était plus étonnant que les Vénitiens fe fu fient défendus fi long-tems, ou que les rois de l'Europe les euiTent abandonnés. 2 Les tems étaient bien changés. Autrefois, lorfque
S l'Europe chrétienne était barbare, un pape, ou même \ un moine , envoyait des millions de chrétiens combattre . les mahcmétans dans leur empire : nos états s'épuifaient d'hommes & d'argent , pour aller conquérir la miférable & frérile province de Judée ; & maintenant que Pifie de Candie , réputée le bouîevart de la chrétienté , était inon- l dée de foixante mille Turcs , les rois chrétiens regardaient cette perte avec indifférence. Quelques galères de Malthe & du pape 5 étaient le feul fecours qui défendait cette ' république contre l'empire Ottoman. Le fenat de Venife, auffi impuifTant que fage, ne pouvait avec fes foîdats mercenaires & des fecours fi faibles , réiifler au grandvifir Kiuperli , bon miniitre , leur général, maître de | l'empire de Turquie, fuivi de troupes formidables, & qui même avait de bons ingénieurs.
Le roi donna inutilement aux autres princes î'exem- ;
pie de fecourir Candie. Ses galères, & les vaiifeaux nou- j
velleraent conflruits dans le port de Toulon , y porte- ;
$1 rent fept mille hommes , commandés par le duc de ;