Chapitre X. 2.77 ÇJ
Beaufort : fecours devenu trop faible dans un fi grand danger, parce que la générofité Françaife ne fut imitée de perfonne.
La Feuillade , fimple gentilhomme Français , fît une action qui n'avait d'exemp'e que dans les anciens tems de la chevalerie. Il mena près de trois cents gentilshommes à Candie , à fes dépens , quoiqu'il ne fût pas riche. Si quelqu'autre nation avait fait pour les Vénitiens à proportion de La Feuillade , il eft à croire que Candie eût été délivrée. Ce fecours ne fervit qu'à en retarder la prife de quelques jours , & à verfer du fang inutilement. Le duc de Beaufort périt dans une fortie , & Khiperli entra enfin par capitulation dans cette ville , qui n'éîait plus qu'un monceau de ruines.
Les Turcs dans ce fiége s'étaient montrés fupérieurs aux chrétiens , même dans la connaifïance de l'art militaire. Les plus gros canons qu'on eût vu encor en Europe , |§> furent fondus dans leur camp. Ils firent, pour la première fois , des lignes parallèles dans les tranchées. Ceft d'eux que nous avons appris cet ufage ; mais ils ne le tinrent que d'un ingénieur Italien. Il eft certain que des vainqueurs tels que les Turcs , avec de l'expérience , du courage , des richefies , & cette confiance dans le travail qui faifait alors leur caractère , devaient conquérir l'Italie & prendre Rome en bien peu de tems. Mais les lâches empereurs qu'ils ont eu depuis , leurs mauvais généraux , & le vice de leur gouvernement , ont été le falut de la chrétienté.
Le roi , peu touché de ces événemens éloignés , îahTait mûrir fon grand defTein de conquérir tous les Pays - Bas , & de commencer par la Hollande. L'occafion devenait tous •les jours plus favorable. Cette petite république dominait fur les mers ; mais fur la terre rien n'était plus faible. Liée avec l'Efpagne & avec l'Angleterre , en paix avec la France, elle ferepofait avec trop de fécurité fur les traités,
f& fur les avantages d'un commerce immenfe. Autant que y S 3 U
a/8 Siècle de Louis XIV.
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fes armées navales étaient difcipiinées & invincibles,autant fes troupes de terre étaient rml tenues & méprifables. Leur cavalerie n'était comp.fée que de bourgeois, qui ne fortaient jamais de leurs maifons , & qui payaient des gens de la lie du peuple pour faire le fervice en leur place, L'infanterie était à-peu-près fur le même pied ; les officiers , les commandans même des places de guerre , étaient les enfans , ou les parens des bourguemeftres , nourris dans l'inexpérience & dans l'oiiiveté , regardant leurs emplois comme des prêtres regardent leurs bénéfices. Le penfîonnaire Jean de With avait voulu corriger cet abus , mais il ne l'avait pas affez voulu ; & ce fut une des grandes fautes de ce républicain.
Il fallait d'abord détacher l'Angleterre de la Hollande. Cet appui venant à manquer aux Provinces-Unies , leur ruine parai (Tait inévitable. Il' ne fut pas difficile à Louis XIV. d'engager Charles dans fes defTeins. Le
monarque Anglais n'était pas à la vérité fort fenfible à la honte que fon règne & fa nation avaient reçue , lorsque fes vaifleaux furent brûlés jufques dans là rivière de la Tamife , par la flotte Hollandaife. Il ne refpirait ni la vengeance , ni les conquêtes. Il voulait vivre dans les plaifirs , & régner avec un pouvoir moins gêné; ç'eit par-là qu'on le pouvait féduire. Louis qui n'avait qu'à parler alors pour avoir de l'argent , en promit beaucoup au roi Charles , qui n'en pouvait avoir fans fon parlement. Cette liaifon fecrete entre les deux rois ne fut confiée en France qu'à Madame fœur de Charles IL & époufe de Monfieur frère unique du roi , à Turennt Se à Louvois,
Une princefTe de vingt-fix ans fut le plénipotentiaire qui devait confommer ce traité avec le roi Charles. On prit pour prétexte du. paffage de Madame en Angleterre, un voyage que le roi voulut faire dans {es conquêtes nouvelles vers Dunkerque & vers Lille. La pompe & la grandeur des anciens rois de l'Afie n'approchaient pas de
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