‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 78 sur 189 · Chapitre X.- 2.93 Ç · texte numérisé non relu

Chapitre X.- 2.93 Ç

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que s'étaient toujours négociés jufqu'à ce tems , fans que jamais on eût touché au tréfor. On paya alors avec cet argent tous ceux qui voulurent l'être. Tant de bonne foi & tant de reffources étaient d'autant plus admirables 9 que Charles IL roi d'Angleterre, pour avoir de quoi faire la guerre aux Hollandais & fournir a fes plaifirs, non-content de l'argent de la France , venait de faire banqueroute à fes fujets. Autant il était honteux à ce roi de violer ainfi la foi publique , autant il était glorieux aux magiftrats d'Amiterdam de la garder , dans un tems où il fembiait permis d'y manquer.

A cette vertu républicaine , ils joignirent ce courage d'efprit , qui prend les partis extrêmes dans les maux fans remède. Ils firent percer les digues , qui retiennent les eaux de la mer. Les maifons de campagne , qui font innombrables autour d'Amfrerdam , les villages , les villes voifines , Leide , Delft , furent inondées. Le payfan ne murmura pas de voir fes troupeaux noyés dans les -campagnes. Amflerdam fut comme une vafte fortereffe au milieu des eaux , entourée de vaiffeaux de guerre , qui eurent affez d'eau pour fe ranger autour de la ville. La difette fut grande chez ces peuples ; ils manquèrent fur-tout d'eau douce : elle fe vendit fix fols la pinte : mais ces extrémités parurent moindres que l'efclavage. C'eft une chofe digne de l'obfervation de la poftérité t que la Hollande ainfi accablée fur terre , & n'étant plus un état , demeura encor redoutable fur la mer. C'était l'élément véritable de ces peuples.

Tandis que Louis XIV. paffait le Rhin & prenait trois provinces , l'amiral Ruiter avec environ cent vaiffeaux de guerre & plus de cinquante brûlots, alla chercher près dei cotes d'Angleterre les flottes des deux rois. Leur puiflance réunie n'avait pu mettre en mer une armée navale plus forte que celle de la république. Les Anglais & les Hollandais combattirent comme des nations accoutumées à fe difputer l'empire de l'Océan. Cette ba- T 3 ^p

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taille , qu'on nomme de Solbaie , dura un jour entier. Ruiter9 qui en donna le fignal , attaqua le vaifleau amiral d'Angleterre , où était le duc d'Yorck , frère du roi. La gloire de ce combat particulier demeura a Ruiter, Le duc d'Yorck, obligé de changer de vaifleau, ne reparut plus devant l'amiral Hollandais. Les trente vaiffeaux Français eurent peu de part à l'action ; & tel fut le fort de cette journée , que les côtes de la Hollande furent en fureté.

Après cette bataille , Ruiter, malgré les craintes & les contradictions de fes compatriotes, fit entrer la flotte marchande des Indes dans le Texel ; défendant ainfi & enrichiflant fa patrie , d'un côté , lorfqu'elle périflait de l'autre. Le commerce même des Hollandais fe foutenait ; on ne voyait que leurs pavillons dans les mers des Indes. Un jour qu'un conful de France difait au roi de Perfe , que Louis XIV, avait conquis prefque toute la Hollande : Comment cela peut-il être y répondit ce monarque Perfan, puifqu'ily a toujours au port d'Ormus vingt vaijfeaux Hollandais pour un Français ?

Le prince d'Orange cependant avait l'ambition d'être bon citoyen. Il offrit à l'état le revenu de fes charges , & tout fon bien pour foutenir la liberté, Il couvrit d'i^ nondations les paffages par cù les Français pouvaient pénétrer dans le refte du pays. Ses négociations promptes & fecretes réveillèrent de leur aflbupiifement l'empereur , l'Empire , le confeil d'Efpagne , le gouverneur de Flandre. Il difpofa même l'Angleterre à la paix. Enfin le roi était entré au mois de Mai en Hollande , & dès le mois de Juillet l'Europe commençait à être conjurée contre lui.

Monterep, gouverneur de la Flandre, fit palfer fecrétement quelques régimens au fecours des Provinces- Unies. Le confeil de l'empereur Léopold envoya Montécucullià. la tête de près vingt mille hommes. L'électeur de Brandebourg , qui avait à fa folde vingt-cinq mille | | foldats . fe mit en marche* J

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Alors le roi quitta fon armée. Il n'y avait plus de conquêtes à faire dans un pays inondé. La garde des provinces conquifes devenait difficile. Louis voulait une gloire fure ; mais en ne voulant pas Tacheter par un travail infatigable , il la perdit. Satisfait d'avoir pris tant de villes en deux mois , il revint à St. Germain au milieu de Tété , & lailfant Turenne & Luxembourg achever la guerre , il jouit du triomphe. On éleva des monumens de fa conquête , tandis que les puiiïances de l'Europe travaillaient à la lui ravir.

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