Chapitre X. a^i
Europ<
clémence au nom d'une république , qui fix mois auparavant fe croyait l'arbitre des rois. Les députés ne furent point reçus des minières de Louis Xi K avec cette politefle ( i ) françaife qui mêle la douceur de la civilité aux rigueurs même du gouvernement. Louvois dur & altier , né pour bien fervir , plutôt que pour faire aimer fon maître , reçut les fupplians avec hauteur , & même avec l'infulte de la raillerie. On les obligea de revenir plufieurs fois. Enfin le roi leur fit dédarer Ces volontés. Il voulait , que les Etats lui cédaflent tout ce qu'ils avaient au-delà du Rhin , Nimégue , des villes & des forts dans le fein de leur pays ; qu'on lui payât vingt millions: que les Français fufTent les maîtres de tous les grands chemins de la Hollande par terre & par eau , fans qu'ils payafTent jamais aucun droit ; que la religion catholique fût par-tout rétablie ; que la république lui envoyât tous les ans une ambafîade extraordinaire , avec  une médaille d'or fur laquelle il fût gravé , qu'ils tenaient leur liberté de Louis XIV, enfin qu'à ces fatisfaclions ils joignirent celle qu'ils devaient au roi d'Angleterre & aux princes de l'Empire , tels que ceux de Cologne & de Munfter , par qui la Hollande était encor défolée.
Ces conditions d'une paix , qui tenait tant de la fervitude , parurent intolérables , & la fierté du vainqueur infpira un courage de défefpoir aux vaincus. On réfolut de périr les armes à la main. Tous les cœurs & toutes les efperances fe tournèrent vers le prince d'Orange. Le peuple en fureur éclata contre le grand- penfionnaire , qui avait demandé la paix. A ces féditions fe jdgnit la politique du prince & l'animofité de fon parti. On attente d'abord à la vie du grand-penfionnaire Jean de With. Enfuite on aceufe Corneille fon frère d'avoir attenté à celle du prince. Corneille eft appliqué à la queftion. Il
I (i) La BeanmtlU dans Tes notes dit : C'efi un être de raifon, que cette
g politejfe. Comment cet écrivain oferait-il ainfi démentir l'Europe ?
iyz Siècle le Louis XIV, ^
récita dans les tourmens le commencement de cette ode d'Horace ; Jujîum & tenacem , convenable à fon état & à fon courage , & qu'on peut traduire ainû pour ceux qui ignorent le latin. ^
Les torrens impétueux, La mer qui gronde & s'élance »
La fureur & l'infolence D'un peuple tumultueux; Des fiers tyrans la vengeance N'ébranlent pas la confiance D'un cœur ferme & vertueux.
Enfin la populace effrénée maffacra dans la Haye les deux frères de With ; l'un qui avait gouverné l'état pendant dix-neuf ans avec vertu ; & l'autre , qui l'avait fervi de fon épée. On exerça fur leurs corps fanglans toutes les fureurs dont le peuple elt capable ; horreurs* communes à toutes les nations, & que les Français avaient fait éprouver au maréchal 8 Ancre , à l'amiral Coligni , &c. car la populace eft prefque par-tout la même. On pourfuivit les amis du penfionnaire. Ruiter même, l'amiral de la république, qui feul combattait alors pour elle avec fuccès, fe vit enwronné d'anaflins dans Amiterdam.
Au milieu de ces défordres & de ces défolations , les magiitrats montrèrent des vertus , qu'on ne voit guère que dans les républiques. Les particuliers , qui avaient des billets de banque , coururent en foule à la banque , d'Amfterdam ; on craignait que l'on n'eût touché au tréfor public. Chacun s'empreflait de fe faire payer du peu d'argent qu'on croyait qui pouvait y être encor. Les magiftrats firent ouvrir les caves où ce tréfor fe conferve. On le trouva tout entier, tel qu'il avait été dépofé depuis foixante ans; l'argent même était encor" J noirci de l'imprefïion du feu , qui avait quelques années 3 „ auparavant confumé Phôtel-de-ville. Les billets de ban-