‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 82 sur 189 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

Belle campagne & mort du maréchal de Turenne. Dernière, bataille du grand Condé à Senef.

AndiS que le roi prenait rapidement la Franche- Comté , avec cette facilité & cet éclat attaché encor à fa deftinée , Turenne qui ne faifait que défendre les frontières du côté du Rhin , déployait ce que l'art de la guerre a de plus grand & de plus confommé. L'eftime des hommes fe mefure par les difficultés furmontées ; & c'eit ce qui a donné une fi grande réputation à cette campagne de Turenne.

D^abord il fait une marche longue & vive, pafTe le Rhin à Philipsbourg , marche toute la nuit à Sintzheim, force cette ville ; & en même tems il attaque & met en fuite Caprara général de l'empereur , & le vieux duc de Lorraine Charles IV, ce prince qui palîa toute fa vie à perdre fes états & à lever des troupes , & qui venait de réunir fa petite armée avec une partie de celle

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Siècle de Louis XIV. Ç

de l'empereur. Turenne , après l'avoir battu , le pourfuit & bat encor fa cavalerie à Ladimbourg ; de là il court à un autre général des Impériaux , le prince de JBournonville, qui n'attendait que de nouvelles troupes pour s'ouvrir le chemin de l'Alface ; il prévient la jonction de ces troupes , l'attaque & lui fait quitter le champ de bataille.

L'empire raffembîe contre lui toutes fes forces ; foixante - dix mille Allemans font dans l'Alface : Brifac ëc Philipsbourg étaient bloqués par eux. Turenne n'avait plus que vingt mille hommes effectifs tout au plus. Le prirfc e de Condé lui envoya de Flandre quelque fecours de cavalerie ; alors il traverfe par Tanne & par Béfôrt des montagnes couvertes de neige; il fe trouve tout d'un coup dans la haute Alface , au milieu des quartiers des ennemis , qui le croyaient en repos en Lorraine , & qui penfaient que la campagne était finie. Il bat à Mulhaufen les quartiers qui réfutent ; il en fait deux prisonniers. Il marche à Colmar, où l'électeur de Brandebourg , qu'on appelle le grand électeur , alors général des armées de l'Empire, avait fon quartier. Il arrive clins ie tems que ces princes & les autres généraux fe mettaient à table : ils n'eurent que le tems de s'échapper j la campagne était couverte de fuyards.

Turenne , croyant n'avoir rien fait tant qu'il reftait quelque chofe à faire , attend encor auprès de Turckheim une partie de l'infanterie ennemie. L'avantage du pofte qu'il avait choifi , rendait fa victoire fure : il défait cette infanterie. Enfin une armée de foixante - dix mille hommes fe trouve vaincue & difperfée prefque fans grand combat. L'Alface refte au roi , & les généraux de l'Empire font obligés de repalfer le Rhin.

Toutes ces actions confécutives, conduites avec tant d'art , fi patiemment dirigées , exécutées avec tant de promptitude , furent également admirées des Français & des ennemis. La gloire de Turenne reçut un nouvel ^ Ita ^ accroiffement £J

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