Chapitre XI l
accroifTement , quand on fut j que tout ce qu'il avait fait dans cette campagne , il l'avait fait malgré la cour , & malgré les ordres réitérés de Louvois , donnés au nom du roi. Réfifler à Louvois tout-puifTant , & fe charger de l'événement malgré les cris de la cour , les ordres du maître & la haine du miniftre , ne fut pas la moindre marque dû courage de Turenne , ni le moindre exploit de la campagne.
Il faut avouer , que ceux qui ont plus d'humanité que d'eftime pour les exploits de guerre , gémirent de cette campagne fi glorieufe. Elle fut célèbre par les malheurs des peuples , autant que par les expéditions de Turenne, Après la bataille de Sinrzheim , il mit à feu & à fang le Palatinat , pays uni & fertile , couvert de villes & de bourgs opulens. L'éleéteûr Palatin vit du haut de fon château de Manheim , deux villes & vingt-cinq villages embrafés. Ce prince défefpéré défia Turenne à un combat fingulier > par une lettre pleine de reproches. ( 1 ) Tu- %
{i) Pendant le cours de cette édition , M. Colini , fecretaire intime & hiftoriographs de l'élefteur Palatin aujourd'hui régnant, a révoqué en doute l'hiftoire du cartel par des raifons très-fpécieufes , énoncées avec beaucoup d'efprit & de fagacité. Il montre très-judiciëuferrient que l'électeur Charles-Louis ne peut écrire les lettres que Sandras de Conrt'ds & Ramfay ont imputées à ce prince. Plus d'un hiftorien en effet attribue fouvent à fes héros des écrits & des harangues de fon imagination.
] On n'a jamais vu la véritable lettre de Pélefteur Charles-Louis , ni la réponfe du prince de Turenne, Il a feulement parle toujours pour confiant que l'éle&eur juftement outré des ravages & des incendies que Turenne commettait dans fon pays , lui propofa un duel par un trompette nommé Petit-Jean. J'ai vu la maifon de Bouillon perfuadée de cette anecdote. Le grand prieur de- Vendôme 6c le maréchal de Villars n'en doutaient pas. Lès mémoires du marquis de Beauveau contemporain l'affirment. Cependant il fe peut que le duel n'ait pas été exprefTément propofédans la lettre am'ere que i'élefteur dit luf-même avoir écrite au prince maréchal de Turenne. Plût à Dieu qu'il fur douteux que le Palatinat ait été embrafé deux fois ! Voilà ce qui n'eft que trop confiant , ce qui eft efferitiel j & ce qu'on reproche à la mémoire de Louis XlKi
Siècle de Louis XIV. Tom.V* V
m2/ze , ayant envoyé la lettre au roi , qui lui défendit d'accepter le cartel , ne répondit aux plaintes & au défi de l'éle&eur , que par un compliment vague & qui ne fignifîait rien. C'était afîez le ityle &l'ufagede Turenne y de s'exprimer toujours avec modération & ambiguité.
Il brûla, avec le même fang- froid, les fours & une partie des campagnes de l'Aiface , pour empêcher les ennemis de fubfiiter. Il permit enfuite à fa cavalerie de ravager la Lorraine. On y fit tant de défordre , que l'intendant , qui de fon côté défolait la Lorraine avec fa plume , lui écrivit & lui parla fouvent , pour arrêter ces excès. Il répondait froidement : Je le ferai dire à l'ordre. Il aimait mieux être appelle le père des foldats qui lui étaient confiés , que des peuples, qui félon les loix de ia guerre , font toujours facrifiés. Tout le mal qu'il faifait , paraiftait nécertaire ; fa gloire couvrait tout : d'ailleurs, les foixante - dix mille Allemans qu'il empêcha de pénétrer en France , y auraient fait beaucoup plus de mal qu'il n'en fit à l'Aiface, à la Lorraine & au Palatinat.
Telle a été depuis le commencement du feizième fiècîe la fituation de la France , que toutes les fois qu'elle a été en guerre , il a fallu combattre à la fois vers l'Allemagne, la Flandre, l'Efpagne & l'Italie. Le prince de Condé faifait tête en Flandre au jeune p.iace d'Orange , tandis que Turenne chafiait les Allemans de i'Allace. La campagne du maréchal de Turenne fut
M. Colini reproche à M. le prérident Henaut , d'avoir dit dans fon abrégé chronologique , que le prince de Turenne répondit à ce cartel , avec une modération qui fit honte à l'électeur de cette bravade. La honte était dans l'incendie , lorfqu'on n'était pas encor. en guerre ouverte avec le Palatinat , & ce n'était point une bravade dans un prince juftement irrité, de vouloir fe battre contre l'auteur de ces cruels excès. L'élefteur était très-vif ; l'efprit de chevalerie n'était pas encor éteint. On voit dans Iqs lettres de Vélïffon que Louis XIV . lui-même demanda s'il pouvait en confcience fe battre contre l'empereur Léopold.
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