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Chapitre XIII

Espagnols dans le Lampourdan au pied des Pyrénées. On les attaquait jufques dans la Sicile»

La Sicile, depuis le tems des tyrans de Syracufe, fouslefquels au moins elle avait été comptée pour quelque chofe dans le monde, a toujours été fubjuguée par des étrangers ; affervie fucceflivement aux Romains aux Vandales , aux Arabes , aux Normans fous le vaflèlage des papes, aux Français, aux Àilemans aux Espagnols , ha'ùTant prefque toujours fes maîtres , fe révoltant contr'eux , fans faire de véritables efforts dignes de la liberté, & excitant continuellement des féditions pour changer de chaînes.

Les magiftrats de Meffine venaient d'allumer une guerre civile contre leurs gouverneurs , & d'appeller la France à leur fecours. Une flotte Efpagncle bloquait leur port. Ils étaient réduits aux extrémités de la famine.

D'abord le chevalier de Valbeîle vint avec quelques frégates à travers la flotte Efpagnole. Il apporta à Meffine des vivres , des armes & des foîdats. Enfuite le duc de Vivonne arrive avec fept vairleaux de guerre de foixante pièces de canon , deux de quatre-vingts , & plufieurs brûlots ; il bat la flotte ennemie , & rentre victorieux dans Meffine.

L'Efpagne eft obligée d'implorer, pour la 'défenfe de la Sicile , les Hollandais fes anciens ennemis , qu'on regardait toujours comme les maîtres de la mer. Buiter vient à fon fecours du fond du Zuiderzée, pane le détroit, & joint à vingt vaiffeaux Efpagncls, vingttrois grands vaifleaux de guerre.

Alors les Français , qui joints avec les Anglais n'avaient pu battre les flottes de Hollande , l'emporèrent feuls fur les Hollandais & les Efpagno.ls réunis. Le duc de Vivonne obligé de refter dans Meffine pour contenir le peuple déjà mécontent de fes défenfeurs, laifla donner cette bataille par Du- Quêne , lieutenant-

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général des armées navales , homme aufli lingulier que Ruiter y parvenu comme lui au commandement: par fort feul métite, mais n'ayant encor jamais commandé d'armée navale > & plus fignalé jusqu'à ce moment dans l'art d'un armateur , que dans celui d'un général. Mais quiconque a le génie de fon art & du commandement, pafle bien vite & fans effort du petit au grand. Du-Quêne le montra grand général de mer contre Ruiter. C'était l'être que de remporter fur ce Hollandais un faible avantage. Il livra encor une féconde bataille navale aux deux flottes ennemies près d'Agoufte. Ruiter blefTé dans cette bataille , y termina fa glorieufe vie. Ceft un des hommes , dont la mémoire efl encor dans la plus grande vénération en Hollande. Il avait commencé par être valet & moufle de vaifTeau ; il n'en fut que plus refpechble. Le nom des princes de Najfau, n'eit pas ^b au deflus du fien. Le confeil d'Efpagne lui donna le titre & les patentes de duc; dignité étrangère & frivole pour un républicain. Ces patentes ne vinrent qu'après fa mort. Les enfans de Ruiter , dignes de leur père , refusèrent ce titre fi brigué dans nos monarchies, mais qui n'eit. pas préférable au nom de bon citoyen.

Louis XIV. eut aflez de grandeur d'ame pdur être affligé de ù mort. On lui repréfenta qu'il était défait d'un ennemi dangereux. ïi répondit qu'on ne pouvait s'empêcher d'être fenjib le à la mort d'un grand homme. Du- Quêne , le BMiter de la France , attaqua une troifième fois les deux flottes après la mort du général Hollandais. Il leur coula à fond } brûla & prit plufieurs vaifleaiix. Le1 maréchal duc de Vh'onne avait le commandement en chef dans cette bataille; niais ce n'en fut pas moins Du- Quêne qui remporta la victoire. L'Europe était étonnée, que la France fût devenue en fi peu de tems auiîi redoutable fur mer que fur terre. Il eft vrai , que ces arméniens, & ces batailles gagnées, ^

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