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Chapitre XIV

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proteftans & les révoltés de Hongrie , qui pouvaient le fervir. Son ambaffadeur à la Porte, avait preilé l'armement des Turcs avant la paix de Nimègue. Le divan, par une fingularjte bizarre, a prefque toujours attendu que l'empereur fût en paix pour fe déclarer contre lui. Il ne lui fit la guerre en Hongrie qu'en 1682; & l'année d'après l'armée Ottomane , forte , dit - on , de deux cent mille combattans , augmentée encor des troupes Hongroifes , ne trouvant fur fon pafTage , ni villes fortifiées , telles que la France en avait , ni corps dsa>mée capable de l'arrêter, pénétra jufqu^ux portes de Vienne , après avoir tout renverfé fur fon pafTage.

L'empereur Léopold quitta d'abord Vienne avec précipitation , & fe retira jufqu'à Lintz , à l'approche des Turcs ;& quand il fut qu'ils avaient inverti Vienne, il ne prit d'autre parti que d'aller encor plus loin jufqu'à PafTau., biffant le duc de Lorraine à la tête d'une petite armée déjà entamée en chemin par les Turcs, foutenir , comme il pourrait , la fortune de l'Empire. ( 1 )

Perfonne ne doutait , que le grand-vifir Cara Muftapha , qui commandait l'armée Ottomane , ne fe rendît bientôt maître de Vienne , ville mal fortifiée , abandonnée de fon maître , défendue à la vérité par une garnifon dont le fonds devait être de feize mille hommes, mais dont l'effectif n'était pas de dix mille. On touchait au moment de la plus terrible révolution.

Louis XIV. efpéra avec beaucoup de vraifemblance, que l'Allemagne , défolée par les Turcs , & n'ayant contre eux qu'un chef dont la fuite augmentait la terreur commune, ferait obligée de recourir à la protection de la France. Il avait une armée fur les frontières de l'Empire , prête à le défendre contre ces mêmes Turcs , que fes précédentes négociations y

(1) Voyez les étranges particularités du (îége de Vienne dans VEjaifur Us m#urs , &c, adreffé à madame la marquïfe du Châtdct.

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avaient amenés. Il pouvait ain.ii devenir le proteâeur de l'Empire &; faire fon fils roi des Romains.

Il avait j jint d'abord des démarches généreuferà fes deiTeins politiques, dès que les Turcs avaient menacé l'Autriche ; non qu'il eût envoyé une féconde fois des fecours à l'empereur , mais il avait déclaré qu'il n'attaquerait point les Pays-Bas , & qu'il bifferait ainfi à la branche d'Autriche - Efpagnole le pouvoir d'aider la branche Allemande prête à fuccomber : il voulait pour prix de fon inaction qu'on le fatisfîc fur plufieurs points équivoques du traité de Nimègue , & principalement fur ce bailliage d'Aluit qu'on avait oublié d'inférer dans le traité. Il fit le blocus de Luxembourg en 1682, fans attendre qu' ^n le fatisfît, & il s'abitint de toute hofiilité une année entière. Cette générofité fe démentit enfin pendant le fiége de Vienne. Le confeil d'Efpagne, <li au lieu dePappaifer, l'aigrit; & Louis XIV. reprit les fj' armes dans les Pays-Bas, précifément lorfque Vienne était prête de fuccomber : c'était au commencement de Septembre ; mais contre toute attente Vienne fut délivrée ; la préemption du grand-vifir , fa moîleffe , fon mépris brutal pour les chrétiens, fcn ignorance, fa lenteur, le perdirent : il fallait l'excès de toutes ces fautes pour que Vienne ne fût pas prife. Le roi de Pologne Jean Sobieski eut le tems d'arriver ; & avec le fecours du duc de Lorraine, il n'eut qu'à fepréfenter devant la multitude Ottomane , pour la mettre en déroute. L'empereur revint dans fa capitale , avec la douleur de l'avoir quittée. Il y rentra , lorfque fon libérateur forfait de i'égîife , cù l'on avait chanté le TeJDeum, & où le prédicateur avait pris pour fon texte , // fut un homme envoyé de Dieu nommé Jean.. ( 1 ) Vous avez déjà vu que le pape Pie V. avait appliqué ces paroles à Dcm Jean d'Autriche après la victoire de

(1) Voyez VEjfai fur les mœurs 3 dans lequel on adreffe toujours ^ la parole à la même perfonne. >

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