Chapitre XIV
Lépante. Vous favez que ce qui paraît neuf n'eft fouvent qu'une redite. L'empereur Léopold fut à la fois triomphant & humilié. Le roi de France , n'ayant plus rien à ménager , fît bombarder Luxembourg. Il fe fàifît de Courtrai, de Dixmude, en Flandre. Il s'empara de Trêves, & en démolit les fortifications; tout cela, pour remplir , difait-on , Fefprit des traités de Nimègue. Les Impériaux & les Efpagnols négociaient avec lui à Ratisbonne , pendant qu'il prenait leurs villes; & la paix de Nimègue enfreinte fut changée en une trêve de vingt ans , par laquelle le roi garda la ville de Luxembourg 6c fa principauté , qu'il venait de prendre.
Il était encor plus redouté fur les côtes de l'Afrique, où les Français n'écaient connus avant lui , que par les efclaves que faifaient les barbares.
Alger deux fois bombardée , envoya de? députés lui demander pardon, & recevoir la paix; ils rendirent tous les efclaves chrétiens , & payèrent encor de Par- S gent , ce qui eïr la plus grande punition des corfaires.
Tunis, Tripoli, firent les mêmes fourmilions. Il n'eft. pas inutile de dire , que lorfque Damfrevill: , capitaine de vaiiTeau, vint délivrer dans Alger tous les efclaves chrétiens au nom du roi de France , il fe trouva parmi eux beaucoup d'Anglais , qui étant déjà à bord, foutinrent à Damfreville que c'était en confidération du roi d'Angleterre , qu'ils étaient mis en liberté. Alors le capitaine Français fit appeller les Algériens , & remettant les Anglais à terre : Ces gens-ci, dit-il, prétendent n'être délivrés qu'au nom de leur roi ; le mien ne prend pas la liberté de leur offrir fa proteclion ; je vous les remets ; c'ejî a vous à montrer ce que vous deve^ au roi d' Angleterre. Tous les Anglais furent remis aux fers. La fierté angLife, la faiblefTe du gouvernement de Charles IL & le refped des nations pour Louis XIV* fe font connaître par ce trait.
Tel e'tait ce refpeér. univerfeî, qu'on accordait de
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Siècle de Louis XIV. G
nouveaux honneurs à fon ambaffadeur à la Porte Ottomane, tels que celui du.fopha : tandis qu'il humiliait les peuples d'Afrique, qui font fous la protection du grand-feigneur.
La république de Gênes s'abaifia encor plus devant lui , que celle d'Alger. Gênes avait vendu de la poudre & des bombes aux Algériens. Elle conitruifait quatre galères pour le fervice d'Efpagne. Le roi lui défendit par fon envoyé St. Olon , l'un de fes gentilshommes ordinaires , de lancer à Peau les galères, & la menaça d'un châtiment prompt, fiellenefe foumettait à fes volontés. Les Génois irrités de cette entreprife fur leur liberté ; & comptant trop fur le fecours de l'Efpagne , ne firent aucune fatisfaclion. Aufli-tôt quatorze gros vaifTeaux , vingt galères , dix galiottes à bombes , plufieurs frégates , fortent du port de Toulon. Seignelai , nouveau fecretaire de la marine , & à qui le fameux Colbert fon père avait déjà fait exercer cet emploi avant fa mort, était lui-même fur la flotte. Ce jeune homme, plein d'ambition, de courage, d'efprit, d'activité, voulait être à la fois guerrier & miniftre; avide de toute efpèce de gloire , ardent à tout ce qu'il entreprenait , & mêlant les plaifirs aux affaires , fans qu'elles en foufFrifient. Le vieux Du-Quêne commandait les vaiffeaux , le duc de Mortemar les galères ; mais tous deux étaient les courtifans du fecretaire d'état. On arrive devant Gênes ; les dix galiottes y jettent quatorze mille bombes , & réduifent en cendres une partie de ces édifices de marbre , qui ont fait donner à la ville le nom de Gênes la Superbe, Quatre mille foldats débarqués s'avancent jufqu'aux portes , & brûlent le fauxbourg de St. Pierre d'Arène. Alors il fallut s'humilier, pour prévenir une ruine totale. Le roi exigea , que le doge de Gênes & quatre principaux fénateurs , vinflent implorer fa clémence dans fon palais de Verfaiiles ; & de peur que les Génois n'éludaffent la fatisfaclion , & ne je
dérobaffent quelque chofe à fa gloire, il voulur que le doge , qui viendrait lui demander pardon , fût commué dans fa principauté , malgré la loi perpétuelle de Gênes , qui ôte cette dignité à tout doge abfent un moment de la ville.
Impériale Lercaro doge de Gênes, avec les fénateurs Lomellino , Garibaldi , Dura^o , & Salvago , vinrent à Verfailles faire tout ce que le roi exigeait d'eux. Le doge , en habit de cérémonie , parla , couvert d'un bonnet de velours rouge qu'il ôtait fouvent : fon difcours & fes marques de foumiffion étaient dictées par Seignelai. Le roi l'écouta , afiis & couvert ; mais comme, dans toutes les aclions de fa vie, il joignait la politeffe à la dignité , il traita Lercaro & les fénateurs avec autant de bonté que de faite. Les minilires Louvois y CroiJJi & Seignelai , leur firent fentir plus de fierté. Audi le doge difait : Le roi ôte à nos cœurs la liberté , par la manière dont il nous reçoit , mais fes miniflres nous la rendent. Ce doge était un homme de beaucoup d'efprit. Tout le monde fait , que le marquis de Seignelailui ayant demandé ce qu'il trouvait de plus fingulier à Verfailles , il répondit : Cefl de m'y voir.
L'extrême goût que Louis XIV. avait pour les chofes d'éclat, fut encor bien plus flatté par l'ambaffade qu'il reçut de Siam , pays où l'on avait ignoré jufqu'alors que la France exiftât. 11 était arrivé , par une de ces fingularités qui prouvent la fupériorité des Européens fur les autres nations , qu'un Grec , fils d'un cabaretier de Céphalonie , nommé Phalk Confiance , était devenu barcalon, c'efr - à-dire , premier miniftre eu grandvifir du royaume de Siam. Cet homme, dans le deffein de s'affermir & de s'élever encor , & dans le befoin qu'il avait de fecours étrangers, n'avait ofé fe confier ni aux Anglais ni aux Hollandais ; ce font des voifins trop dangereux dans les Indes. Les Français venaient d'établir des comptoirs fur les côtes du Coromandel, & avaient porté dans ces extrémités de l'Afie, la )
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réputation de leur roi. Confiance crut Louis Xï V. propre à être flatté par un hommage qui viendrait de fi loin fans être attendu. La religion , dont les refîbrts font jouer la politique du nvnde , depuis Siam jufqu'à Paris, fervit encor à fes delïeins. Il envoya, au nom du roi de Siam fon maître, une foiemnelle ambaiTade, avec de grands préfens , à Louis XIV. pour lui fiàre entendre que ce roi Indien , charma de fa gloire , ne voulait faire de traité de commerce qu'avec la nation Françaife , & qu'il n'était pas même éloigné de fe faire chrétien. La grandeur du roi flattée , & fa religion trompée , l'engagèrent à envoyer au roi de Siam deux ambafladeurs & fix jéfuites ; & depuis il y joignit des officiers avec huit cents foldars. Mais l'éclat de cette ambaffade Siamoife fut le feul fruit qu'on en retira. Confiance périt quatre ans après, viclime de Ion ambition : quelque peu de Français qui réitèrent auprès de lui, furent mafTacrés , d'autres obligés de fuir; Se fa veuve, après avoir été fur le point d'être reine, fut condamnée par le fucceiTeur du roi de Siam , à fervir dans la cuifine , emploi pour lequel elle était née.
Cette foif de gloire , qui portait Louis XIV. à fe diftinguer en tout des autres rois , paraifTait encor dans la hauteur qu'il affe Tait avec la cour de Pvome. Odefcalchi , Innocent XL fils d'un banquier du Milanais , était alors fur le trône de l'églife. Ce: ait un homme vertueux , un pontife fage , peu théologien > prince courageux , ferme & magnifique. Il fecuurut , contre les Turcs , l'Empire & la Pologne de fon argent, & les Vénitiens de fes galères. Il condamnait avec hauteur la conduite de Louis XIV. uni contre des chrétiens avec les Turcs. On s'étonnait, qu'un pape prît fi vivement le parti des empereurs , qui fe difent rois des Romains ; & qui , s'ils le pouvaient , régneraient dans Rome. Mais Odefcalchi était né fous la domination Autrichienne. Il avait fait deux campagnes
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