‹ Siècle de Louis XIV (volume 3)Chapitre 95 sur 189 · Chapitre XIV · texte numérisé non relu

Chapitre XIV

dans les troupes du Milanais. L'habitude & l'humeur gouvernent les hommes. Sa fierté s'irritait contre celle du roi, qui de Ton côté lui donnait toutes les mortifications qu'un roi de France peut donner à un pape , fans rompre de communion avec lui. Il y avait depuis long-tems dans Rome un abus difficile à déraciner , parce qu'il était fondé fur un point d'honneur , dont fe piquaient tous les rois catholiques. Leurs ambaiTadeurs à Rome étendaient le droit de franchife & d'afile afFeclé à ieurs maifons , jufqu'à une très-grande difhnce , qu'on n-;mme quartier. Ces prétentions toujours foutenues, rendaient la moitié de Rome un afile sûr à tous les crimes. Par un autre abus, ce qui entrait dsns Rom** fous le nom des ambafiadeurs , ne payait jamais d'entrée. Le commerce en .foufFrait , & l'état en était appauvri.

Le pape Innocent XL obtint enfin de l'empereur, du roi d'Efpagne , de celui de Pologne , & du nouveau roi d'Angleterre Jacques II. prince catholique , qu'ils renonçaient à ces droits odieux. Le nonce Ranucci propofa à Louis XIV. de concourir, comme les autres rois , à la tranquillité & au bon ordre de Rome. Louis , très - mécontent du pape répondit : « qu'il ne s* était » jamais réglé fur l'exemple d'autrui , & que c'~rait » à lui de fërvir d'exemple. » Il envoya à Rome le marquis de Lavardin en ambaffade , pour braver le pape. Lavardin entra dans Rome , malgré les dcfenîès du pontife, efcorté de quatre cents gardes de la marine, de quatre cents officiers volontaires , & de deux cents hommes de livrée , tous armés, il prit poflefîion de fon palais , de fes quartiers Se de l'églife de St. Louis , autour defqueîs il fit polïer des fentinelles & faire la ronde , comme dans' une place de guerre. Le pape eft le feul feuverain, à qui on pût envoyer une telle ambafiade : car la fupériorité qu'il affeéte fur les têtes couronnées , leur donne toujours envie de l'humilier ; & la faiblefie de fon état fait qu'on l'outrage toujours

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impunément. Tout ce qu'Innocent IX. put faire, fut de fe fervir , cqntre le marquis de Lavardin , des armes ufées de l'excommunication ; armes , dont on ne fait pas même plus de cas à Rome qu'ailleurs , mais qu'on ne laiiîe pas d'employer comme une ancienne formule , ainfi que les foldats du pape font armés feulement pour la forme.

Le cardinal d'Eftrées, homme d'efprit , mais négociateur fouvent malheureux , était alors chargé des affaires de France à Rome. D'Eftrées ayant été obligé de voir fouvent le marquis de Lavardin , ne put être enfuite admis à l'audience du pape fans recevoir l'abfolution : eh vain il s'en défendit : Innocent IX. s'obfrina à la lui donner , pour conferver toujours cette autorité imaginaire , par les ufages fur lefqueîs elle eft fondée.

Louis , avec la même hauteur, mais toujours foutenue par les fouterrains de la politique , voulut donner §£ un électeur à Cologne. Occupé du foin de divifer ou de combattre l'Empire , il prétendait élever à cet électorat, le cardinal de Furftemberg évêque de Strasbourg, fa créature , & la victime de fes intérêts , ennemi irréconciliable de l'empereur , qui l'avait fait emprisonner dans la dernière guerre , comme un Allemand vendu à la France.

Le chapitre de Cologne , comme tous les autres chapitres d'Allemagne , a le droit de nommer fon évêque, qui par-là devient électeur. Celui qui remplifTait ce fiége , était Ferdinand de Bavière , autrefois l'allié & depuis l'ennemi du roi, comme tant d'autres princes. Il était malade à l'extrémité. L'argent du roi répandu à propos parmi les chanoines, les intrigues & les promeffes, firent élire le cardinal de Furftemberg comme coadjuteur ; & après la mort du prince , il fut élu une féconde fois par la pluralité des fuffrages. Le pape , par le concordat germanique, a le droit de conférer l'évêché à l'élu, & l'empereur a celui de confirmer à l'éledorat. L'empereur

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