Chapitre XV
Mi
catholicifme, regardé avec horreur par ces royaliïtesrépublicatns , comme la religion de l'efclavage. C'efî une entreprife quelquefois très - aifée , de rendre une religion dominante dans un pays. Conftantin , Clovis , Gujiave-Vafa, la reine Elisabeth, firent recevoir fans danger, chacun par des moyens diîtérens, une religion nouvelle : m-is pour de pareils changemens , deux choies font abfo'ument néce/I'ires , une profonde politique , & des circondances heureufes , l'une & l'autre manquaient à Jacques.
Il érait indigné de voir, quêtant de rois dans l'Europe étaient defpotiques : que ceux de Suède & de Dannemarck le devenaient alors ; qu'enfin il ne reftait plus dans le monde que la Pologne & l'Angleterre , où la liberté des peuples fubïiftât avec la royauté. Louis XIV.
I encourageait à devenir abfolu chez lui, & les jéfuites le prelfaiant de rétablir leur religion avec leur crédit.
II s'y prie fi malheureufement , qu'il ne fît que révol- ^ ter tous les efprits. Il agit d'abord, comme s'il fût venu à bout de ce qu'il avait envie de faire ; ayant publiqu m:nt à fa cour un nonce du pape, des jéfuites, des capucins mettant en prifon fept évêques anglicans ,
range. Il eft reconnu que ce pape favorifa la ligue d'Augsbourg; m is il ne fit jamais de démarches fi ridicules & fi contraires aux bienféances de fa dignité. L'envoyé d'ECpagne à la Haye fit des
rières publiques pour l'heureux fuccès de la flotte Hollandaife.
Ir. iïAvaux le manda au roi.
Le même auteur fnt entendre que le comte d'Avaux corrompait des membres de l'état ; il fe trompe , c'eft le comte tfEflrades. II fe trompe encor fur le tems; c'était vingt-quatre ans auparavant. Voyez la lettre de Mr. iïEfirades à Mr.de Lionne du ^Septembre 166 j.
Le même auteur ofe citer l'évêque Burnet > & lui fait dire , pour exprimer un vice du prince d'Orange , que ce prince n'aimait que les portes de derrière. Il n'y a pas un mot dans toute l'hiftoire de Burnet, qui ait le moindre rapport à cette exprefîion fi bafle &. fi indigne de l'hiftoire. Et fi quelque faifeur d'anecdotes avait jamais prétendu que l'évêque Burnet eût laifle échapper dans la converfation un mot aufli indécent , ce témoignage obfcur ne pourrait prévaloir contre une hiftoire authentique.
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qu'il eût pu gagner ; ôtant les privilèges à la ville de Londres , a laquelle i. devait plutôt en accorder de nouveaux, renverfant avec hauteur des loix , qu'il fallait fapper en filence ; enfin fe conduifant avec fi peu de ménagement y que les cardinaux de Rome difaient en plai'fanrant , « qu'il fallait l'excommunier , comme un » homme qui allât perdre le peu de catholicifme qui » reliait en Angleterre. » Le pape Innocent XI. n'efpéraic rien des en reprifes de Jacques , & refufait conftamment un chapeau de cardinal, que ce roi demandait pour fon cjnfeifeur le jéTuite Peters. Ce jéfuite était un intriguant impétueux , qui dévoré de l'ambition d'être cardinal & primat d'Angleterre , pouffât fon maître au précipice. Les principales têtes de l'état fe réunirent en fecret contre les defîeins du roi. Us dépurèrent vers le prince d'Orange. Leur confpiration fut tramée avec une prudence &: un fecret qui endormirent la confiance de la cour.
( I ) Le prince d'Orange équipa une flotte , qui devait pcr er quatorze à quinze mille hommes. Ce prince n'était rien autre chofe qu'un particulier illuftre, qui joui fiait à peine de cinq cent mille florins de rente : mais telle était fa politique heureufe , que l'argent , la flotte , les cœurs des Eiats- Généraux , étaient à lui. Il était roi véritablement en Hollande , par fa conduite habile , & Jacques celiait de l'être en Angleterre par fa précipitation. On publia d'abord, que cet armement était defliné
(i) L'auteur des mémoires de Maintenon avance que le prince d'Orange voyant que les Etats-Généraux refufaient des fonds, entra dans l'affemblée , & dit ces mots : Mejjïeurs , il y aura guerre au printems prochain ; & je demande qu'on enrégijlre cette prédiction. Il cite le comte à'Avaux. Il dit que ce miniftre pénétrait toutes les mefures du prince d'Orange. Il eft difficile d'entaffer plus mal plus de fauffetés. Les neuf mille matelots étaient prêts dès l'an 1687. I*e comte tfAvaux ne dit pas un mot du prétendu difeours du prince d'Orange. Il ne foupçonna le deffein de ce prince que le 20 Mai 1688. Voyez fa lettre au roi du 20 Mai.