‹ Siècle de Louis XIVChapitre 1 sur 266 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Nul ne saurait mieux expliquer ce que Voltaire a voulu faire, dans son Siècle de Louis XIV, que Voltaire lui-même : « Ce n'est pas seulement, dit-il au commencement de son Introduction, la vie de Louis XIV qu'on prétend écrire. On se propose un plus grand objet. On veut essayer de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme, mais les actions des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais. » Notons que Voltaire a dît pei/uire, et non raconter; ce qui indiquait bien de sa part une méthode nouvelle. Il veut représenter, faire revivre, et non pas seulement faire connaître à la postérité toute une époque disparue. Et il complète et précise sa pensée en écrivant, dans sa célèbre lettre à Milord Hervey, garde des sceaux de l'Angleterre, en 1740 : «Je ne considère pas seulement Louis XIV parce quil a fait du bien aux Français, mais parce qu'il a fait du bien aux hommes. » Qui a mieux fait connaître que par ce mot ce que ce siècle avait de grand, justement parce qu'il était universel? Et il continue : « C'est comme homme et non comme sujet que j'écris; je veux peindre le dernier siècle, et non pas seulement un prince. » Par là. Voltaire réclame pour l'écrivain, pour l'historien en particulier, une indépendance qui puisse le soustraire à la sujétion d'un souverain ou aux étroites limites d'un pays, pour l'investir de tous les droits d'un homme, d'un homme qui pense et dont les regards ne sont pas

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