VI PREFACE
éblouis par réclat d'un homme, mais embrassent Thumanité elle-même. « Il est las, il le dit, des histoires où il n'est question que des aventures d'un roi, comme s'il existait seul ou que rien n'existât que par rapport à lui. En un mot, c'est encore plus d'un grand siècle que d'un grand roi qu'il écrit l'histoire. » Non seulement il introduisait ainsi une grande nouveauté dans la façon d'instruire la postérité de tout ce qui pouvait l'intéresser ; non seulement il restituait la gloire d'un siècle à tous les grands hommes qui l'avaient illustré, pour ne point la laisser accaparer par celui qui lui donnait son nom ; mais en révélant les nations à elles-mêmes, dans le passé, il leur apprenait, il les préparait à jouer le rôle qui leur appartenait dans l'avenir. Une révolution dans la façon de traiter l'histoire du passé annonce une révolution dans l'histoire future. Le Siècle de Louis XIV, pour sa part, contribue aux grands événements de 89, et Voltaire peut dire avec raison qu'en tâchant « d'élever un monument à la gloire d'un grand prince, il le consacrait encore plus à l'utilité du genre humain ».
L'auteur du Siècle de Louis XIV n'a pas seulement défini avec précision et avec grandeur le but de son ouvrage; il en a excellemment décrit la méthode, il en a donné Fexemple, et son livre est devenu un modèle. « Il ne faut pas, dit-il, qu'on s'attende à trouver ici les détails immenses des guerres, des attaques de villes prises et reprises par les armes, données et rendues par des traités. Mille circonstances intéressantes pour les contemporains se perdent aux yeux de la postérité et disparaissent pour ne laisser voir que les grands événements qui ont fixé la destinée des empires. Tout ce qui s'est fait ne mérite pas d'être écrit. On ne s'attachera dans cette histoire qu'à ce qui inérile l'attention de tous les temps, à ce qui peut peindre le génie et les mœurs dus honimuSj à ce <pii p<'Ut