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CHAPITRE XIII

Duquosne, le Ruyler de la France, attaqua une troisième fois les deux flottes après la mort du général hollandais. Il leur coula à fond, brûla et prit plusieurs vaisseaux. Le maréchal duc de Yivonne avait le commandement en chef dans cette bataille, mais ce n'en fut pas moins Duquesne qui remporta la victoire. L'Europe était étonnée que la France fût devenue en si peu de temps aussi redoutable sur mer que sui* terre. Il est vrai que ces armements et ces batailles gagnées ne servirent qu'à répandre l'alarme dans tous les États. Le roi d'Angleterre*, ayant commencé la guerre pour l'inlérét de la France, était près enfin de se liguer avec le prince d'Orange, qui venait d'épouser sa nièce. De plus, la gloire acquise en Sicile coulait trop de trésors. Enfin, les Français évacuèrent Messine |8 avril 1678), dans le temps qu'on croyait qu'ils se rendraient maîtres de toute l'île. On blâma beaucoup Louis XIV d'avoir fait dans cette guerre des entreprises qu'il ne soutint pas, et d'avoir abandonné Messine, ainsi que la Hollande, après des victoires inutiles -.

Cependant c'était être bien redoutable de n'avoir d'autre malheur que de ne pas conserver toutes ses conquêtes. Il pressait ses ennemis d'un bout de l'Europe à l'autre. La guerre de Sicile lui avait coûté beaucoup moins qu'à 1 Espagne, épuisée et battue en tous lieux. Il suscitait encore de nouveaux ennemis à la maison d'Autriche. Il fomentait les troubles de Hongrie ; et ses ambassadeurs à la Porte ottomane la pressaient de porter la guerre dans l'Allemagne, dût-il envoyer encore par bienséance quelque secours contre les Turcs appelés par sa politique. Il accablait seul tous ses ennemis ; car alors la Suède, son unique alliée, ne faisait qu'une guerre malheureuse contre l'électeur de Brandebouro-. Cet électeur, père du premier roi de Prusse , commençait à donner à son pays une considération qui s'est bien augmentée depuis ; il enlevait alors la Poméranie aux Suédois 3.

Il est remarquable que dans le cours de cette guerre il y

1. Charles II. qui avait longtemps de trahison envers les Messinois, fut résiste à la pression de lopiniou de due eu partie à lincapaeité adminisson peuple, ne ])ut empêcher le ma- trative de Vivoune et au mauvais vouriage de sa nieee Marie, fille du duc loir de Louvois. qui voyait le succès d"York, avec Gruillaume d'Orange, et de cette expédition maritime augtinit par signer avec le stathouder un menter la gloire <ie Colbert.

traité d'alliance (janvier 1CT8). .3. Il s'agit de Frédéric-Guillaume,

2. L'évacuation, qui était une sorte le i^rand clcctcur, qui battit alurs les

eut presque toujours des conférences ouvertes pour la paix : d'abord à Cologne, par la médiation inutile de la Suède * ; ensuite à Ximègue, par celle de l'Angleterre. La médiation anglaise ne fut qu'une vaine cérémonie. Louis XIY fut, en effet, le seul arbitre. Il fit ses propositions le 9 d'avril 1678, au milieu de ses conquêtes, et donna à ses ennemis jusqu'au 10 de mai pour les accepter. Il accorda ensuite un délai disix semaines aux Etats-Généraux, qui le demandèrent avec soumission ^.

Son ambition ne se tournait plus alors du côté de la Hollande. Cette république avait été assez heureuse ou assez adroite pour ne paraître plus qu'auxiliaire dans une guerre entreprise pour sa ruine. L'Emj^ire et l'Espagne, d'abord auxiliaires, étaient devenus les principales parties.

Le roi, dans les conditions qu'il imposa, favorisait le commerce des Hollandais; il leur rendait Maestriclit et remellail aux Espagnols quelques villes qui devaient servir de barrière^ aux Provinces-Unies, comme Charleroi, Courtrai, Oudenardc, Ath, Gand, Limbourg ; mais il se réservait Bouchain, Coude. Ypres, Yalenciennes, Cambrai, Maubeuge, Aire, Saint-Omer. Cassel, Charlemont, Popering, Bailleul, etc., ce qui faisait une bonne partie de la Flandre. Il y ajoutait la Franchi - Comté, qu'il avait deux fois conquise ; et ces deux provinceétaient un assez digne fruit de la guerre.

Il ne voulait dans l'Allemagne que Fribourg ou Philips- , bourg et laissait le choix à l'Empereur. Il rétablissait dans : l'évèché de Strasbourg et dans leurs terres les deux frères Furstenberg, que l'Empereur avait dépouillés, et dont l'un était en prison.

Il fut hautement le protecteur de la Suède, son alliée, et alliée malheureuse, contre le roi de Danemark et l'électeur de Brandebourg. Il exigea que le Danemark rendît tout ce qu'il avait pris sur la Suède, qu'il modérât les droits de passage dans la mer Baltique, que le duc de Ilolstein fût rétabli dans ses Etats, que le Brandebourg cédât la Poméranie qu'il avait conquise, que les traités de Westphalie fussent rétablis de point en point. Sa volonté était une loi d'un bout de l'Europe

f Suédois à la bataille de Fehrbellin, 2. La paix fut signée à Nimogue le ! mais fut bientôt réduit à signer la 11 aoîit 1678 avec la Hollande, le ' paix de Saint-Germain par Créqui (29 17 septembre avec lEspagne, le 5 fcjuinl679). vrier 1G79 avec l'Empire.

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