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CHAPITRE XV

Le roi le lit bienlôt conduire en Irlande, où les catholiques formaient encore un parti qui paraissait considérable. Une . scadre de treize vaisseaux du premier rang était à la rade de IJrest pour le transport. Tous les officiers, les courtisans, les prêtres même, qui étaient venus trouver Jacques à Saint- Germain, furent défrayés jusqu'à Brest aux dépens du roi de France. Le jésuite Innés, recteur du collège des Ecossais à Paris, était son secrétaire d'Etat. Un ambassadeur (c'était M. d'Avaux) était nommé auprès du roi détrôné, et le suivit avec pompe. Des armes, des munitions de toute espèce, furent embarquées sur la flotte; on y porta jusqu'aux meubles les plus vils et jusqu'aux plus recherchés. Le roi lui alla dire <idieu à Saint-Germain. Là, pour dcruier présent, il lui donna sa cuirasse, et lui dit en l'embrassant : Tout ce que je peux sous souhaiter de mieux est de ne nous jamais revoir. — il2 mai 1689.) A peine le roi Jacques était-il débarqué en Irlande avec cet appareil, que vingt-trois autres grands vaisseaux de guerre, sous les ordres de Château-Renaud, et une infinité de navires de transport le suivirent. Cette flotte, ayant mis en fuite et dispersé la flotte anglaise qui s'opposait à sou passage, débarqua heureusement; et ayant pris dans son retour sept vaisseaux marchands hollandais, revint à Brest, victorieuse de lAugleterre, et chargée des dépouilles de la Hollande.

(Mars 1690.) Bientôt après, un troisième secours partit encore de Brest, de Toulon, de Rochefort. Les ports dTrlaude et la mer de la Manche étaient couverts de vaisseaux français.

Enfin Tourville', vice-amiral de France, avec soixante et douze grands vaisseaux, rencontra une flotte anglaise et hol-

cheuses circonstances où il se trou- tances. Chef d'oscatire en 1C7T, vicevait, dit madame de la Fayette, il ne amiral et général des armées nalaissait pas daller courageusement vales en 1C90, maréchal de France en a lâchasse avec le Dauphin, et piquait 1701, mort la même année. Il n'avait comme eût pu faire un homme de pas encore soixante ans. « Tourvingt ans qui n'a d'autre souci que ville, dit Saint-Simon, le plus grand de se divertir. « Plus on le voyait, homme de mer, de l'avis des Anglais juoins on le plaignait de la perte de et des Hollandais, qui eût été depuis -son royaume. » un siècle, et en même temps le plus

modeste, possédait en perfection tou-

1. « Tourvillc )> (Àune-Hilarion de tes les parties de la marine, depuis

Cotentin. comte de), né en 1C42 au celle de charpentier jusqua celle

■château de Tourvillc , diocèse de Cou- d'amiral. »

loi SIECLE DE LOUIS XIV

landaise d'environ soixante voiles. On se ballit pendant dix heures (juillet 1690) : Tourville, Château-Renaud, d'Estrées, Xemond, signalèrent leur courage et une habileté qui donnèrent à la France un honneur auquel elle n'était pas accoutumée. Les Anglais et les Hollandais, jusqu'alors maîtres de l'Océan, et de qui les Français avaient appris depuis si peu de temps à donner des batailles rangées, furent entièrement vaincus. Dix-sept de leurs vaisseaux, brisés et démâtés, allèrent échouer et se brûler sur leurs côtes. Le reste alla se cacher vers la Tamise, ou entre les bancs de la Hollande. H neu coûta pas une seule chaloupe aux Français*. Alors ce que Louis XIY souhaitait depuis vingt années, et ce qui avait paru si peu A'raisemblable, arriva : il eut l'empire de la mer, empire qui fut à la vérité de peu de durée. Les vaisseaux de guerre ennemis se cachaient devant ses flottes. Seignclai , qui osait tout, fit venir les galères de Marseille sur l'Océan . Les côtes d'Angleterre virent des galères pour la première fois. Ou fit, par leur moyen, une descente aisée à Tingmouth.

On brûla dans cette baie plus de trente vaisseaux marchands. Les armateurs de Saint-Malo et du nouveau part de Dunkerque s'enrichissaient, eux et l'Etat, de prises continuelles. Enfin, pendant près de deux années, on ne connaissait plus sur les mers que les vaisseaux français.

Le roi Jacques ne seconda pas en Irlande ces secours de Louis XIY. Il avait avec lui près de six mille Français et quinze mille Irlandais; les trois quarts de ce royaume se déclaraient en sa faveur; son concurrent Guillaume était absent : cependant il ne profita d'aucun de ses avantages. Sa fortune échoua d'abord devant la petite ville de Londonderry; il la pressa par un siège opiniâtre, mais mal dirigé, pendant quatre mois. Cette ville ne fut défendue que par un prêtre presbytérien, nommé Walker. Ce prédicant s'était mis à la tète de la milice bourgeoise. Il la menait au prêche et au combat.

1. La ])ataillc eut lieu près de la toulos ces flottes réunies portaient

Pointe-Sainte-Hélène, sur 1ns côtes ensenïhle quatorze mille six cent

du comté de Sussex. A cette époque, soixante- dix canons et cent mille

l'état maritime de la France était for- hommes d'équipage. C'est ce qu'on,

midable : le roi avait cent dix vais- appelle la bataille de Beachv-Head,

seaux de guerre de soixante à cent 10 Juillet 1690. Voir la /.'(7rt^/(i« oi'li-

quatrc canons, nombre d'autres liAti- cielle de Seignelai dans la collection

ments, galères, frégates et brûlots; Clément.

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