C A T I N A T ET DE LUXEMBOURG, ETC
N'ayant pas voulu rompre le fil des affaires d'Angleterre, je me ramène ù ce qui se passait dans le continent.
Le roi, en formant ainsi une puissance maritime telle qu'aucun Etat n'en a jamais eu de supérieure, avait à combattre l'Empereur et l'Empire, l'Espagne, les deux puissances maritimes, l'Angleterre et la Hollande, devenues toutes deux plus terribles sous un seul chef^ la Savoie et presque toute l'Italie.
1. Victor-Amédc'-i'. duc de Savoie, .avait adhéré socrétenient à la li"ruc
Un seul de ces ennemis, tel que l'Anglais et l'Espagnol, avait suffi autrefois pour désoler la France ; et tous ensemble ne purent alors l'entamer. Louis XIV eut presque toujours cinq corps d armée dans le cours de cette guerre, quelquefois six, jamais moins de quatre. Les armées en Allemagne et en Flandre se montèrent plus d'une fois à cent mille combattants. Les places frontières ne furent pas cependant dégarnies. Le roi avait quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes de la marine. L'empire turc, si puissant en Europe, en Asie et en Afrique, n'en a jamais eu autant ; et l'empire romain n'en eut jamais davantage, et n'eut en aucun temps autant de guerres à soutenir à la fois. Ceux qui blâmaient Louis XIV de s'être fait tant d'ennemis l'admiraient d'avoir pris tant de mesures pour s'en défendre et même pour les prévenir.
Ils n'étaient encore ni entièrement déclarés ni tous réunis ; le piùnce d'Orange n'était pas encore sorti du Texel pour aller chasser le roi son beau-père, et déjà la France avait des armées sur les frontières de la Hollande et sur le Rhin. Le roi avait envoyé eu Allemagne, à la tête d'une armée de cent mille hommes, son fils, le Dauphin, qu'on nommait Monseigneur : prince doux dans ses mœurs, modeste dans sa conduite, qui paraissait tenir en tout de sa mère. Il était âgé de vingt-sept ans. C'était pour la première fois qu'on lui confiait un commandement, après s être bien assuré, par son caractère, qu'il n'en abuserait pas. Le roi lui dit publiquement à son départ (22 septembre 1688) : Mon fils, en vous envoyant commander mes armées, je vous donne les occasions de faire connaître votre mérite : allez le montrer à toute l'Europe, afin que, quand je viendrai à mourir, on ne s'aperçoive pas que le roi soit mort.
Ce prince eut une commission spéciale pour commander, comme s'il eût été simplement l'un des généraux que le roi eût choisi. Son père lui écrivait : A mon fils le Dauphin, mon lieutenant général, commandant mes armées en Allemagne .
On avait tout prévu et tout disposé pour que le fils de Louis XIV, contribuant à cette expéditton de son nom et de sa présence, ne reçût pas un affront. Le maréchal de Duras ^ com-
il se laissa marchander par Louis XIV et de Turin. II se déclara alors contre
jusqu'à ce que Catinat, qui le surveil- la France (1G90).
lait avec 12,000 hommes, exigeât la re- 1. Duras, neveu de Turenne, fait
mise des places de Verrue, de Verceil maréchal immédiatement après la