‹ Siècle de Louis XIVChapitre 117 sur 266 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

mandait réellement larmée. Bouffiers avait un corps de troupes en deçà du Rhin; le maréchal d'Humières, un autre vers (>ologne, pour observer les ennemis. Heidelberg, Mayence, Liaient pris. Le siège de Philipsbourg, préalable toujours nécessaire quand la France fait la guerre à l'Allemagne, était commencé. Yauban conduisait le siège. Tous les détails qui n'étaient point de son ressort roulaient sur Catinat, alors lieutenant général, homme capable de tout, et fait pour tous les emplois. Monseigneur arriva après six jours de tranchée ouverte. Il imitait la conduite de son père, s'exposant autant qu'il le fallait, jamais en téméraire, affable à tout le monde, libéral envers les soldats. Le roi goûtait une joie pure d'avoir un fils qui l'imitait sans lefFacer, et qui se faisait aimer de tout le monde sans se faire craindre de son père.

Philipsbourg fut pris en dix-neuf jours ; on prit Manheim en trois jours (11 novembre 1688|, Franckendal en deux : Spire, Trêves, Yorms et Oppenheim se rendirent dès que les Français furent ù leurs portes |15 novembre 1688).

Le roi avait résolu de faire un désert du Palatinat^ dès que ces villes seraient prises. Il avait en vue d'empêcher les ennemis d'y subsister, plus que celle de se venger de l'électeur palatin, qui n'avait d'autre crime que d'avoir fait son devoir, on s'unissant au reste de l'Allemagne contre la France. — iFévrier 1689.) Il vint à l'armée un ordre de Louis, signé Louvois, de tout réduire en cendres. Les généraux français, qui ne pouvaient qu'obéir, firent donc signifier, dans le cœur de Ihiver, aux citoyens de toutes ces villes si florissantes et si bien réparées, aux habitants des villages, aux maîtres de cinquante châteaux, qu'il fallait quitter leurs demeures, et qu'on allait les détruire par le fer et par les flammes. Hommes, femmes, vieillards, enfants, sortirent en hâte. Une partie fut errante dans les campages ; une autre se réfugia dans les pays voisins, pendant que le soldat, qui passe toujours les ordres de rigueur, et qui n'exécute jamais ceux de clémence, brûlait ot saccageait leur patrie. On commença par Manheim et par Heidelberg, séjour des électeurs : leurs palais furent détruits comme les maisons des citoyens ; leurs tombeaux furent ouverts par la rapacité du soldat, qui croyait y trouver des tré-

mort de son oncle, en 1675; Boufflers, nord-est de l'Alsace des deux côtés

maréchal en 169.3, mort en ITll. du Rhin. Mayence et Heidelberg eu

1. Le Palatinat s'étendait alors au étaient les deux principales villes.

sors; leurs cendres furent dispersées. C'était pour la seconde fois que ce beau pays était désolé sous Louis XIV ; mais les flammes dont Turenne avait brûlé deux villes et vingt villages du Palatinat n'étaient que des étincelles, en comparaison de ce dernier incendie. L'Europe en eut horreur. Les ofQciers qui l'exécutèrent étaient honteux d'être les instruments de ces duretés. On les rejetait sur le marquis de Louvois, devenu plus inhumain par cet endurcissement de cœur que produit un long ministère ^. Il avait en effet donné ces conseils ; mais Louis avait été le maître de ne les pas suivre. Si le roi avait été témoin de ce spectacle, il aurait lui-même éteint les flammes. Il signa, du fond de son palais de Versailles et au milieu des plaisirs, la destruction de tout un pays, parce qu'il ne voyait dans cet ordre que son pouvoir et le malheureux droit de la guerre ; mais de plus près, il n'en eût vu que Ihorreur. Les nations, qui jusque-là n'avaient blâmé que son ambition en l'admirant, crièrent alors contre sa dureté, et blâmèrent même sa politique ; car si les ennemis avaient pénétré dans ses États, comme lui chez les ennemis, ils eussent mis ses villes en cendres ^.

1. L'incendie du Palatinat ne fut dû qu'à la cruauté de Louvois ; voici une anecdote qui le prouverait. Non content davoirbrùlé Worras et Spire, Louvois voulait engager le roi à détruire Trêves, dont les ennemis pouvaient faire une place d armes. La proposition ne plut point à Louis XIV, qui ne se laissa pas persuader. Louvois disputa, mais n'insista pas cette première fois. Cependant, comme il avait l'expérience cpi'en tenant ferme il l'emportait ordinairement, étant venu quelques jours après travailler chez madame de Ma intenon avec le roi. il lui dit en finissant « qu'il avait bien senti que le scriipide était la seule raison qui lent retenti de consentir à une chose aussi nét-essairc ji .son service que l'était le brfdcnïent de Trêves; qu'il croyait lui en rendre un essentiel de l'en délivrer en s'en chargeant lui-même : etquepour cela, sans lui en avoir voidu reparler, il avait depèeliê un courrier avec Tordre de bri'der Trêves à son arrivée.

Le roi fut à l'instant, et contre son naturel, si transporté de colère, qu'il se jeta sur les pincettes de la cheminée, et en allait charger Louvois, sans madame de Maintenon, qui se jeta aussitôt entre deux, en s'écriant : « Ah !

« Sire, qu'allez-vous faire ?» et lui ôta les pincettes des mains. Louvois cependant gagnait la porte. Le roi cria après lui pour le rappeler et lui dit, les yeux étincelants : « Dépêchez un « courrier tout à cette heure avec un « contre-ordre, et qu'il arrive à temps, « et sachez que votre tête en répond si « on brûle une seule maison. » Louvois, plus mort que vif, s'en alla sur-lechamp. Il n'avait pas envoyé de courrier : mais il le tenait tout prêt, et il serait parti si le roi n'avait paru que légèrement fâché. Il feignit d'en dépêcher un autre, et Louis XIV crut que c'était la diligence de celui-ci qui avait sauvé Trêves, » (Sai.nt-Simo.n, Mémoires.)

2. M. de Tossî et le maréchal da Duras adressèrent à Louvois des k-t-

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