Le duc de Chartres avait alors
tous deux de lieutenants généraux : lun était Louis de Bourbon^, nommé Monsieur le Duc; l'autre, François-Louis, prince de Conti 2; rivaux de courage, d'esprit, d'ambition, de réputation : Monsieur le Duc, d'un naturel plus austère, ayant peut-être des qualités plus solides, et le prince de Conti de plus brillantes. Appelés tous deux par la voix publique au commandement des armées, ils désiraient passionnément cette gloire ; mais ils n'y parvinrent jamais, parce que Louis, qui connaissait leur ambition comme leur mérite, se souvenait toujours que le prince de Condé lui avait fait la guerre.
Le prince de Conti fut le premier qui rétablit le désordre, ralliant des brigades, en faisant avancer d'autres ; Monsieur le duc faisant la même manœuvre, sans avoir besoin d'émulation. Le duc de Vendôme, petit-fils de Henri lY, était aussi lieutenant général dans cette armée. Il servait depuis l'âge de douze ans ; et quoiqu'il en eût alors quarante, il n'avait pas encore commandé en chef. Son frère le grand prieur était auprès de lui.
Il fallut que tous ces princes se missent à la tète de la maison du roi, avec le duc de Choiseul, pour chasser un corps d'Anglais qui gardait un poste avantageux, dont le succès de la bataille dépendait. La maison du roi et les Anglais étaient les meilleures troupes qui fussent dans le monde. Le carnage fut grand. Les Français, encouragés par cette foule de princes et de jeunes seigneurs qui combattait autour du général, l'emportèrent enfin. Le régiment de Champagne défit les gardes anglaises du roi Guillaume ; et quand les Anglais furent vaincus, il fallut que le reste cédât.
Boufflers, depuis maréchal de France, accourait dans ce moment même de quelques lieues du champ de bataille avec des dragons, et acheva la victoire.
Le roi Guillaume, ayant perdu environ sept mille hommes, se retira avec autant d'ordre qu'il avait attaqué ; et toujours vaincu, mais toujours à craindre, il tint encore la campagne. La victoire, due à la valeur de tous ces jeunes princes et de la plus florissante noblesse du royaume, fit à la cour, à Paris
1. Le duc de Boiirljou, nommé Mon- mier prince do Conti et d'Anuc-Mario sieur le Duc, était (ils de Henri-.Tules Martiuozzi, nièce de Ma/.ariu, ué à et père de celui qui fut premier mi- Paris en 1664, mort en 1709. Voir sou nistre sous Louis XV. ])ortrait dans les Mc/noircs de Saiut-