‹ Siècle de Louis XIVChapitre 123 sur 266 · Nervinde », ou mieux Neer- l'histoire fasse mention · texte numérisé non relu

Nervinde », ou mieux Neer- l'histoire fasse mention

Guillaume, suivi d'une troupe si animée, renversa d'abord les escadrons qui se jDrésentèrcut contre lui ; mais enfin il fut renversé lui-même sous son cheval tué. Il se releva et continua le combat avec les efforts les plus obstinés.

Luxembouri^ entra deux fois l'épée à la main dans le village tle Nerviude. Le duc de Yilleroi fut le premier qui sauta dans les retranchemonls des ennemis. Deux fois le village fut emporté et repris.

Ce fut encore à Xervinde que ce même Philippe, duc de 'Chartres, se montra digne petit-fils de Henri IV. Il chargeait pour la troisième fois à la tète d'un escadron. Cette troupe 'étant repoussée, il se trouva dans un terrain creux, environné de tous côtés d'hommes et de chevaux tués ou blessés. Un escadron ennemi s'avance à lui, lui crie de se rendre; on le •saisit, il se défend seul, il blesse l'officier qui le retenait prisonnier, il s'en débarrasse. On revole à lui dans le moment, et on le dégage. Le prince de Condé, qu'on nommait Monsieur le duc, le prince du Conti, son émule, qui s'étaient tant signalés à Steinkerque, combattaient de même à Nervinde pour leur vie comme pour leur gloire, et furent obligés de tuer des «nnemis de leur main, ce qui n'arrive aujourd'hui presque jamais aux officiers généraux, depuis que le feu décide de tout dans les batailles.

Le maréchal de Luxembourg se signala et s'exposa plus que jamais : son fils, le duc de Montmorenci, se mit au-devant de lui lorsqu'on le tirait, et reçut le coup porté à son père. Enfin 'le général et les princes reprirent le village une troisième fois, et la bataille fut gagnée.

Peu de journées furent plus meurtrières. Il y eut environ vingt mille morts, douze raille du côté des alliés, et huit de celui des Français. C'est à cette occasion qu'on disait qu'il fallait chanter plus de De profundis que de Te Deum.

Si quelque chose pouvait consoler des horreurs attachées à la guerre, ce serait ce que dit le comte de Salm, blessé et prisonnier dans Tirlemont. Le maréchal de Luxembourg lui rendait des soins assidus : Quelle nation êtes-vous! lui dit ce prince; il n'y a point d'ennemis plus à craindre dans une bataille, ni de plus généreux amis après la victoire.

Toutes ces batailles produisaient beaucoup de gloire, mais peu de grands avantages. Les alliés, battus à Fleurus, à Steinkerque, à rs'erviude, ne l'avaient jamais été d'une manière complète. Le roi Guillaume lit toujours de belles retraites, et

Page 1