CHAPITRE XVr 17Î
quinze jours après une bataille, il eût fallu lui en livrer une autre pour être le maître de la campagne. La cathédrale de Paris était remplie de drapeaux ennemis. Le prince de Conti appelait le maréchal de Luxembourg le Tapissier de Notre- Dame. On ne parlait que de victoires. Cependant Louis XIY avait autrefois conquis la moitié de la Hollande et de la Flandre, toute la Franche-Comté, sans donner un seul combat; et maintenant, après les plus grands efforts et les victoires les plus sanglantes, on ne pouvait entamer les Provinces-Unies ; on ne pouvait même faire le siège de Bruxelles.
(1 et 2 septembre 1692.) Le maréchal de Lorges avait aussi de son côté gagné un grand combat près de Spirebach : il avait même pris le vieux duc de Yirtemberg ; il avait pénétré dans son pays; mais après l'avoir envahi par une victoire, il avait été contraint d'en sortir. Monseigneur vint prendre une seconde fois et saccager Hcidelberg, que les ennemis avaient repris ; et ensuite il fallut se tenir sur la défensive contre les Impériaux.
Le maréchal de Catinat ne put, après sa victoire de Staffarde et la conquête de la Savoie, garantir le Dauphiné d'une irruption de ce même duc de Savoie, ni, après sa victoire de la ^Larsaille, sauver l'importante ville de CasaP.
En Espagne, le maréchal de Noailles^ .Ç''^o"''i aussi une bataille (27 mai 1694) sur le bord du Ter. Il prit Giroune et quelques petites places ; mais il n'avait qu'une armée faible, et il fut obligé, après sa victoire, de se retirer devant Barcelone. Les Français, vainqueurs de tous côtés et affaiblis par leurs succès, combattaient dans les alliés une hydre toujours renaissante. Il commençait à devenir difficile en France de faire des recrues, et encore plus de trouver de l'argent. La rigueur de la saison, qui détruisit les biens de la terre en ce temps, apporta la famine. On périssait de misère au bruit des Te Deum et parmi les réjouissances. Cet esprit de confiance et de supériorité, l'àme des troupes françaises, diminuait déjà un peu. Louis XIV cessa de paraître à leur tête. Louvois était mort (16 juillet 1691) ; on était très mécontent de Barbesieux, son lils. — (Janvier 1695.) Enfin la mort du maréchal de Luxembourg, sous qui les soldats se croyaient invinci-
1. Casai ne tomba au pouvoir du ses forlificalions furent cli'uiolios. duc de Savoie qu'en juillet 1C9.5, et, 2. Anne-Julfs. duc de Noailles, ma- }>ar suite dune convention secrète, réchal eu 1G93, mort eu 17o8.
blés, sembla mettre un terme à la suite rapide des victoires de la France.
L'art de bombarder les villes maritimes avec des vaisseaux retomba alors sur ses inventeurs. Ce n'est pas que la machine infernale avec laquelle les Anglais voulurent brûler Saint- !Malo, et qui échoua sans faire d'effet, dût son origine à l'industrie des Français : il y avait déjà longtemps quon avait hasardé de pareilles machines en Europe. C'était l'art de faire partir les bombes aussi juste d'une assiette mouvante que d'un terrain solide, que les Français avaient inventé ; et ce fut par cet art que Dieppe, le Havre-de-Gràce, Saint-Malo, Dunkerque et Calais furent bombardés par les flottes anglaises (juillet 1694 et 1695). Dieppe, dont on peut approcher plus facilement, fut la seule qui souffrit un véritable dommage. Cette ville, agréable aujourd'hui par ses maison régulières, et qui doit ses embellissements à son malheur, fut presque toute réduite en cendres. Vingt maisons seulement au Havre-de- Gràce furent écrasées et brûlées par les bombes ; mais les fortifications du port furent renversées *. C'est en ce sens que la médaille frappée en Hollande est vraie, quoique tant d'auteurs français se soient récriés sur sa fausseté. On lit dans l'exergue en latin : Le port du Havre brûlé et renversé, etc. Cette inscription ne dit pas que la ville fut consumée, ce qui ■eût été faux, mais qu'on avait brûlé le port, ce qui était vrai.
Quelque temps après, la conquête de Xamur fut perdue. On ^vait, en France, prodigué ^ des éloges à Louis XIY pour l'avoir prise, et des railleries et des satires indécentes contre le roi Guillaume, pour ne l'avoir pu secourir avec une armée de quatre-vingt mille hommes. Guillaume s'en rendit maître de la même manière qu'il l'avait vu prendre. Ill'attaqua aux yeux d'une armée encore plus forte que n'avait été la sienne quand Louis XIV l'assiégea. Il y trouva de nouvelles fortifications que Vauban avait faites. La garnison française qui la défendit
1. La machine infernale lancée con- de Coiilanges à madame do Sévigné
tre Saint-Malo échoua heureusement (23 juin 1694). contre une roche et fit eau. L'ingénieur la fil sauter. Dieppe, où il uy 2. Voyez l'OrfcdeBoileau et le /rflg'-
avait que des maisons en bois, fut niiiit historique de Racine. « L'expé-
brùlée : mais les dommages du Havre, rience. dit Racine, avait fait connaître
de Calais et de Dunkerque ne furent au i)rince d"Orange combien il était
]ias considérables. Voir Dangeau \'t inutile de s'opposer à un di-ssein que
juin-6 novembre); lettres de madame le roi conduisait liii-inémc. " v.l