CHAPITRE XV
iinai 1697|, auprès de la lig-ne, la ville de Carlhagène *, niao-asiii et entrepôt des trésors que lEspagne tire du Mexique. Le dommage qu'il y causa fut estimé vingt millions de nos livres, et le gain dix millions. Il y a toujours quelque chose ù rabattre de ces calculs, mais rien des calamités extrêmes que causent ces expéditions glorieuses.
Les vaisseaux marchands de Hollande et d'Angleterre étaient tous les jours la proie des armateurs de France, et surtout de Duguay-Trouin, homme unique en son genre, auquel il ne manquait que de grandes flottes pour avoir la réputation de Dragut ou de Barberousse^.
Jean Bart*^ se fit aussi une grande réputation parmi les corsaires. De simple matelot il devint enfin chef descadre, ainsi que Duguay-Trouin. Leurs noms sont encore illustres.
Les ennemis prenaient moins de vaisseaux marchands français, parce qu'il y en avait moins. La mort de Colbert et la guerre avaient beaucoup diminué le commerce.
Le résultat des expéditions de terre et de mer était donc le malheur universel. Ceux qui ont plus d'humanité que de politique remarqueront que, dans cette guerre, Louis XIY était armé contre son beau-frère le roi d'Espagne, contre l'électeur de Bavière, dont il avait donné la sœur à son fils le Dauphin, contre l'électeur palatin, dont il brûla les États après avoir marié Monsieur à la princesse palatine ». Le roi Jacques fut chassé du trône par son gendre et par sa fille. Depuis même on a vu le duc de Savoie ligué encore contre la France, où lune de ses filles était Dauphine, et contre l'Es-
1. Carthagùne, à l'embouchure de la Magdaleua, dans la Nouvelle-Grenade.
2. « Duguay-Trouin » (Pvené), né à Saint-Malo en 1673, mort en 1736, a laissé plus de réputation que Voltaire ne semble le dire ici ; il compte parmi les marins français les plus illustres, et, comme capitaine de vaisseau ou chef descadre , se signala dans des entreprises importantes, conçues avec sagesse, exécutées avec audace, telles que : la destruction d'une flotte brésilienne, en vue de Lisbonne (1706), la ruine dé IVio-Jaueiro (1709), et une foule d'autres exploits contre les marines anglaise, hollandaise et espa-
gnole. — « Dragut », amiral ottoman, commandant des flottes de Soliman II, fut tué en 1566, en assiégeant Malte. — « Barberousse » , deuxième du nom, amii-al de Sélim 1"^ puis de Soliman II. ravagea les côtes de l'Afrique, de l'Italie, de la Sicile, et se rendit redoutable aux chrétiens. Il était né à Metelin vers 1476, et il mourut en 154.5.