‹ Siècle de Louis XIVChapitre 125 sur 266 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

t'tait une armée ; car, dans le temps qu'il on forma linveslisseniont, le maréchal do Boufflers se jeta dans la place avec sopt régiments de dragons. Ainsi Xamur était défendue par -eizc mille hommes, et prête à tout moment d'être secourue par près de cent mille.

Le maréchal doBoufflers était un homme de beaucoup de mérite, un général actif et appliqué, un bon citoyen, ne songeant (|u'au bien du service, ne ménageant pas plus ses soins que sa vie. Les Mémoires du marquis de Feuquières ^ lui reprochen- •encore plusieurs fautes dans la défense de la place et de la cit tadelle ; ils lui en reprochent encore dans la défense de Lille, •qui lui a fait tant d'honneur. Ceux qui ont écrit l'histoire de Louis XIV ont copié servilement le marquis de Feuquières pour la guerre, ainsi que l'abbé de Choisi pour les anecdotes. Ils ne pouvaient pas savoir que Feuquières, d'ailleurs excellent oflicier, et connaissant la guerre par principes et par expérience, était un esprit non moins chagrin qu'éclairé, l'Aristarque et quelquefois le Zoïle des généraux ; il altère des faits pour avoir le plaisir de censurer des fautes. Il se plaignait de tout le monde, et tout le monde se plaignait de lui. On disait qu'il était le plus brave homme de l'Europe, parce qu'il dormait au milieu de cent mille de ses ennemis. Sa capacité n'ayant pas été récompensée par le bâton de maréchal de France, il employa trop contre ceux qui servaient l'État, des lumières qui eussent été très utiles, s'il eût eu l'esprit aussi conciliant que pénétrant, appliqué et hardi.

Il reprocha au maréchal de Yilleroi plus de fautes, et de plus essentielles qu'à Boufflers. Yilleroi, à la tête d'environ quatre -vingt mille hommes, devait secourir Namur ; mais quand même les maréchaux de Yilleroi et doBoufflers eussent fait généralement tout ce qui se pouvait faire (ce qui est bien rare), il fallait, par la situation du terrain, que Xamur ne fût point secourue, et se rendît tôt ou tard 2. Les bords de la Méhaigne, couverts d'une armée d'observation qui avait arrêté les secours du roi Guillaume, arrêtèrent alors nécessairement «euxdu maréchal de Yilleroi.

Le maréchal de Boufflers, le comte de Guiscard, gouverneur .de la ville, le comte du Chàtelet de Lomont, commandant de

1. Antoine do Pas, marquis de Feu- 2. Louis XIV récompensa le maréquicres, né à Paris eu 1048, mort en chai de Boufflers eu le faisant duc. l'il. (Danoeau.)

l'infanterie, tous les officiers et les soldats, défendirent la ville avec une opiniâtreté et une bravoure admirables, mais qui ne recula pas la prise de deux jours. Quand une ville est assiégée par une armée supérieure, que les travaux sont bien conduits et que la saison est favorable, on sait à peu près en combien de temps elle sera prise, quelque vigoureuse que la défense puisse être. Le roi Guillaume se rendit maître de la ville et de la citadelle, qui lui coûtèrent plus de temps qu'à Louis XIY (septembre 1695).

Le roi, pendant qu il perdait Namur, fit bombarder Bruxelles : vengeance inutile, qu'il prenait sur le roi d Espagne, de ses villes bombardées par les Anglais. Tout cela faisait une guerre ruineuse et funeste aux deux partis.

C'est, depuis deux siècles, un des effets de l'industrie et delà fureur des hommes, que les désolations de nos guerres ne se bornent pas à notre Europe. Xous nous épuisons d'hommes et d'argent pour aller nous détruire aux extrémités de l'Asie et de 1 Amérique. Les Indiens, que nous avons obligés par force et par adresse à recevoir nos établissements, et les Américains, dont nous avons ensanglanté et ravi le continent, nous regardent comme des ennemis de la nature humaine, qui accourent du bout du monde pour les égorger, et pour se détruire ensuite eux-mêmes.

Les Français n'avaient de colonies dans les grandes Indes que celle de Pondichéri, formée parles soins de Colbert avec des dépenses immenses, dont le fruit ne pouvait être recueilli qu'au bout de plusieurs années. Les Hollandais s'en saisirent aisément, et ruinèrent aux Indes le commerce de la France, à peine établi.

(1695.) Les Anglais détruisirent les plantations de la France à Saint-Dominque. — (1696.) Un armateur de Brest ravagea celles qu'ils avaient à Gambie ^ dans l'Afrique. Les armateurs de Saint-Malo portèrent le fer et le feu à Terre-Neuve, sur la côte orientale, qu'ils possédaient. Leur île de Jamaïque fut insultée par des escadres françaises, leurs vaisseaux pris ci brûlés, leurs côtes saccagées.

Pointis-, chef d'escadre, à la tête de plusieurs vaisseaux du roi et de quelques corsaires de l'Amérique, alla surprendr»?

1. « A Gambie ». c'est-à-dire « sur 2. Jonn-Bernard Desjoans. baron deles bords de la Gambie n, qui est une Puiutis, né en 1C35, mort en 1707. rivière de la S'.'-nénrambie.

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