CHAPITRE XYII
qui est le premier talent des nt-gocialeurs, agit d'abord sour- ■dement à Turin. Le maréchal de Catinat, aussi propre à faire la paix que la guerre, acheva la négociation. Il n'était pas besoin de deux hommes habiles pour déterminer le duc de Savoie à recevoir ses avantages. On lui rendait son pays; on lui donnait de l'argent; on proposait le mariage de sa fille ïivec le jeune duc de Bourgogne, fils de Monseigneur, héritier <le la couronne de France. On tut bientôt d'accord (juillet 1696) : le duc et Catinat conclurent le traité à Notre-Dame de Lorette, •où ils allèrent sous prétexte d'un pèlerinage de dévotion qui ne fit prendre le change à personne*. Le pape (c'était alors Innocent XII -) entrait ardemment dans cette négociation. Son but était de délivrer à la fois l'Italie, et des invasions des Français, et des taxes continuelles que l'Empereur exigeait pour paver ses armées. On voulait que les Impériaux laissassent l'Italie neutre. Le duc de Savoie s'engageait par le traité à obtenir cette neutralité. L'Empereur répondit d'abord par le refus : car la cour de Vienne ne se déterminait guère qu'à l'extrémité. Alors le duc de Savoie joignit ses troupes à l'armée française. Ce prince devint, en moins d'un mois, de généralissime de l'empereur, généralissime de Louis XI\ . On amena sa fille en France, pour épouser, à onze ans (1697), le duc de Bourgogne, qui en avait treize. Après la défection du duc de Savoie, il arriva, comme à la paix de Ximègue, que •chacun des alliés prit le parti de traiter. L'Empereur accepta d'abord la neutralité d'Italie. Les Hollandais proposèrent le château de Rysvick, près de la Haye, pour les conférences d'une paix générale. Quatre armées que le roi avait sur pied servirent à hâter les conclusions. Quatre-vingt mille hommes •étaient en Flandre sous Yilleroi. Le maréchal de Choiseul en avait quarante mille sur les bords du Rhin. Catinat en avait encore autant en Piémont. Le duc de Vendôme, parvenu enfin au généralat, après avoir passé par tous les degrés depuis celui de garde du roi, comme un soldat de fortune, commandait •en Catalogne, où il gagna un combat, et où il prit Barcelone <aoùt 1697). Ces nouveaux efforts et ces nouveaux succès furent la médiation la plus efficace. La cour de Rome offrit ■encore son arbitrage, et fut refusée comme à Nimègue. Le
1. Paix de Turin, signée le 30 mai, ITOO, s'était réconcilié avec la France publiée le 15 septembre 1G9C>. en 1C92. moyennant la rétractation des