‹ Siècle de Louis XIVChapitre 131 sur 266 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

n'avait été, du côté des alliés, que le dessein vagiu- d'abaisser la grandeur de Louis XIV ; et dans ce monarque, ([ue la suite de cette grandeur qui n'avait pas voulu plier. Le roi Guillaume avait entraîné dans sa cause l'Empereur, l'Empire, l'Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie. Louis XIV s'était vu trop engagé pour reculer. La plus belle partie de l'Europe avait été ravagée, parce cjue le roi de France avait usé avec irop de hauteur de ses avantages après la paix de Ximègue. C'était contre sa personne qu'on s'était ligué, plutôt que contre la France. Le roi croyait avoir mis en sûreté la gloire que donnent les armes; il voulut avoir celle de la modération, et l'épuisement qui se taisait sentir dans les finances ne lui rendit pas cette modération diflicile.

Les affaires politiques se traitaient dans le conseil ^ : les résolutions s'y prenaient. Le marquis de Torci, encore jeune, n'était chargé que de l'exécution. Tout le conseil voulait la paix. Le duc de Beauvilliers 2, surtout, y représentait avec force la misère des peuples : madame de Maintenon en était touchée; le roi n'y était pas insensible. Cette misère faisait d'autant plus d'impression, qu'on tombait de cet état florissant où le ministre Colbert avait mis le royaume. Les grands établissements en tout genre avaient prodigieusement coûté, et l'économie ne réparait pas le dérangement de ces dépenses forcées. Ce mal intérieur étonnait, parce qu'on ne l'avait jamais senti depuis que Louis XIV gouvernait par lui-même. Voilà les causes de la paix de Rysvick. Des sentiments vertueux y influèrent certainement. Ceux qui pensent que les rois et leurs ministres sacrifient sans cesse et sans mesure à l'ambition, ne se trompent pas moins que celui qui penserait qu'ils sacrifient toujours au bonheur du monde.

Le roi rendit donc à la branche autrichienne d'Espagne tout ce qu'il lui avait pris vers les Pyrénées, et ce qu'il ve-

1. Louis XIV avait mis successive- la probité , et était aime et respocté

nient à la (lirection des alfaires étran- des étrangers. » gères, de Lionne, le grand ministre,

le continuateur de la politique de 2. Le duc de Beauvilliers avait llichelieu et de Mazarin; Pomponne, épousé une (ille de Colbert. Le roi, Colbert de Croissi, qui mourut en plein d'estime pour sa vertu, son 1696, et que le roi remplaça par son lionuèteté et sa franchise, qui en laifils, Jean-Baptiste Colbert, marquis sait le Montausier de sou temps, l'ajtle Torci, homme très habile et t«res vait nommé chefdu couseildes tinan- Jnstruit des all'aires de lEurope. « II ces et gouverneur du duc de Bourgojoiguait, dit Voltaire, la dextérité à gue, aiué des iils du Dauj)hiu.

nait de lui prendre eu Flandre daus celte dernière guerre r Luxembourg, Mons, Ath, Courlrai. Il reconnut pour roi légitime d'Angleterre le roi Guillaume, traité jusqu'alors de prince d'Orange, d usurpateur et de tyran. Il promit de ne donner* aucun secours à ses ennemis. Le roi Jacques, dont le nom fut omis dans le traité, resta dans Saint-Germain, avec le nom inutile de roi, et des pensions de Louis XIY. Il ne fit plus que des manifestes, sacrifié par son protecteur à la nécessité, et déjà oublié de l'Europe.

Les jugements rendus par les chambres de Brisach^ et de Metz contre tant de souverains, et les réunions faites à l'Alsace, monuments d'une puissance et d'une fierté dangereuses, furent abolis ; et les bailliages juridiquement saisis furent rendus à leurs maîtres légitimes.

Outre ces désistements, on restitua à l'Empire Fribourg, Brisach, Kelil, Philipsbourg. On se soumit à raser les forteresses de Strasbourg sur le Rhin, le Fort-Louis, Trarbach, le Mont-Royal, ouvrages où Yauban avait épuisé son art, et le roi ses finances. On fut surpris dans l'Europe et mécontent en France, que Louis XIY eût fait la paixl comme s'il eût étévaincu. Harlai, Créci et Callières, qui avaient signé cette paix, n'osaient se montrer, ni à la cour, ni à la ville ; on les^ accablait de reproches et de ridicules, comme s'ils avaient fait un seul pas qui n'eût été ordonné par le ministère. La cour de Louis XIY leur reprochait d'avoir trahi l'honneur de la France, et depuis on les loua d'avoir préparé, par ce traité, la succession à la monarchie espagnole ; mais ils ne méritèrent ni les critiques ni les louanges.

Ce fut enfin par cette paix que la France rendit la Lorraine à la maison qui la possédait depuis sept cents années. Le duc Charles Y, appui de l'Empire et vainqueur des Turcs, était mort 2. Son fils Léopold prit, à la paix de Rysvick, possession de sa souveraineté ; dépouillé à la vérité de ses droits réels, car il n'était pas permis au duc d'avoir des remparts à sa capitale; mais on ne put lui ôter un droit plus beau, celui de

1. Gi.moae, si célèbre par sou utile guo Louis XIV fit la paix avec I.t

Histoire de yapUs, dit que ces tri- Suède. Au contraire, lu Suède était

bunaux étaieut établis à Tournai. Il son alliée, [v.]

se trompe souvent sur tontes les af- 2. Louis XIV dit delni que « c'était

laires qui ne sont pas celles de son le plus grand, le plus sage et le plus

pays. II dit, i>ar exemple, qu'à Nimè- généreux de ses ennemis ».

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