CHAPITRE XVII
Étals. Le Daupliin, fils de Louis XIV, devait posséder Naplcs, Sicile, et la province de Guipuscoa, avec quelques villes. Ou ,ne laissait à larchiduc Chai-les, second fils de l'empereur Léopold, que le Milanais, et rien à l'archiduc Joseph, fils iiiné de Léopold, héritier de 1 Empire.
Le sort d'une partie de l'Europe et de la moitié de l'Amérique ainsi réglé, Louis promit, par ce traité de partage, de renoncer à la succession entière de l'Espagne. Le Dauphin promit et signa la même chose. La France croyait gagner des Etats ; l'Angleterre et la Hollande croyaient affermir le repos d'une partie de l'Europe : toute cette politique fut vaine. Le roi moribond, apprenant qu'on déchirait sa monarchie de son vivant, fut indigné. On s'attendait qu'à cette nouvelle il déclarerait pour son successeur ou l'empereur Léopold ou un fils de cet empereur; qu'il lui donnerait cette récompense de n'avoir point trempé dans ce partage ; que la grandeur et l'intérêt de la maison d'Autriche lui dicteraient un testament. Il en fit uu en effet ; mais il déclara pour la seconde fois ce même prince de Bavière unique héritier de tous ses Etats ^novembre 1698). La nation espagnole, qui ne craignait rien -tant que le démembrement de sa monarchie, applaudissait à cette disposition. La paix semblait devoir en être le fruit. Cette espérance fut encore aussi vaine que le traité de partage. Le prince de Bavière, désigné roi, mourut à Bruxelles ^6 février 1699).
On accusa injustement de cette mort précipitée la maison <i'Autriche, sur cette seule vraisemblance que ceux-là comjnettent le crime à qui le crime est utile. Alors recommencèrent les intrigues à la cour de Madrid, à Vienne, à Versailles, -"i Londres, à la Haye et à Rome.
Louis XIV, le roi Guillaume et les Etats-Généraux disposèrent encore une fois en idée de la monarchie espagnole*. — ^Mars 1700.) Ils assignaient à l'archiduc Charles, fils puîné de l'Empereur, la part qu'ils avaient auparavant donnée à l'enfant qui venait de mourir. Le fils de Louis XIV devait posséder Naples et la Sicile, et tout ce qu'on lui avait assigné par la première convention.
On donnait Milan au duc de Lorraine; et la Lorraine, si souvent envahie et si souvent rendue par la France, devait y
1. Le second traité de partage fut signé à Londres et à la Haye le 1-3 et le 29 mars 1700.
être annexée pour jamais. Ce traité, qui mit en mouvement la politique de tous les princes pour le traverser ou pour le soutenir, fut tout aussi inutile que le premier, L'Europe fut encore trompée dans son attente, comme il arrive presque toujours. L'Empereur, à qui on proposait ce traité de partage à signer, n'en voulait point, parce qu'il espérait avoir toute la succession. Le roi de France, qui en avait pressé la signature, attendait les événements avec incertitude. Quand ce nouvel affront fut connu à la cour de Madrid, le roi fut sur le point de succomber à sa douleur; et la reine, sa femme, fut transportée d'une si vive colère qu'elle brisa les meubles de son appartement, et surtout les glaces et les autres ornements qui venaient de France : tant les passions sont les mêmes dans tous les rangs ! Ces partages imaginaires, cesintrigues, ces querelles, tout cela n'était qu'un intérêt personnel. La nation espagnole était comptée pour rien; on ne la consultait pas, on ne lui demandait pas quel roi elle voulait. Ou proposa d'assembler las cartes, les états généraux; mais Charles frémissait à ce seul nom.
Alors ce malheureux prince, qui se voyait mourir à la fleur de sou âge, voulut donner tous ses Etats à l'archidue Charles, neveu de sa femme, second fils de l'empereur Léopold. Il n'osait les laisser au fils aîné, tant le système de l'équilibre prévalait dans les esprits, et tant il était sûr que la crainte de voir l'Espagne, le Mexique, le Pérou, de grands établissements dans l'Inde, l'Empire, la Hongrie, la Bohême, la Lombardie, dans les mêmes mains, armerait le reste de l'Europe ! Il demandait que l'empereur Léopold envoyât soq second fils Charles à Madrid, à la tête de dix mille hommes ; mais ni la France, ni l'Angleterre, ni la Hollande, ni l'Italie^ ne l'auraient alors souffert : toutes voulaient le partage. L'Empereur ne voulait point envoyer son fils seul à la merci du conseil d'Espagne, et ne pouvait y faire passer dix mille hommes. Il voulait seulement faire marcher des troupes en Italie, pour s'assurer cette partie des Etats de la monarclùe autrichienne-espagnole. Il arriva, pour le plus important intérêt entre deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères. On disputa, on s'aigrit : la fierté allemande révoltait la hauteur castillane. La comtesse de Perlipz^, qui gouvernait la femme du roi
1. Voltaire rappelle ailleurs Pernits, Saint-Simon Berlips. et Torci Berleps.