‹ Siècle de Louis XIVChapitre 146 sur 266 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

tout coupé de rivières et de ruisseaux, d'empêcher un ennemi habile de les passer. Le prince Eugène joignait à une grande profondeur de desseins une vivacité prompte d'exécution. La nature du terrain aux bords de l'Adige faisait encore que l'armée ennemie était plus ramassée, et la française plus étendue. Catinat voulait aller à l'ennemi ; mais quelques lieutenants généraux firent des difficultés et formèrent des cabales contre lui. Il eut la faiblesse de ne pas se faire obéir. La modération de son esprit lui fît commettre cette grande faute. Eugène força d'abord le poste de Carpi, auprès du canal Blanc, défendu par Saint-Fremont, qui ne suivit pas en tout les ordres du général, et qui se fit battre. Après ce succès, l'armée allemande fut maîtresse du pays entre l'Adige et l'Adda ; elle pénétra dans le Bressan, et Catinat recula jusque derrière l'Oglio. Beaucoup de bons officiers approuvaient cette retraite, qui leur paraissait sage; et il faut encore ajouter que le défaut des munitions promises par le ministre la rendait nécessaire. Les courtisans, et surtout ceux qui espéraient de commander à la place de Catinat, firent regarder sa conduite comme l'opprobre du nom français. Le maréchal de Yilleroi persuada qu'il réparerait l'honneur de la nation. La confiance avec laquelle il parla, et le goût que le roi avait pour lui, obtinrent à ce général le commandement en Italie, Le maréchal de Catinat*, malgré les victoires de Staffarde et de la Marsaille, fut obligé de servir sous lui.

Le maréchal duc de Yilleroi, fils du gouverneur du roi, élevé avec lui, avait eu toujours sa faveur; il avait été de toutes ses campagnes et de tous ses plaisirs : c'était un homme d'une figure agréable et imposante, très brave, très honnête homme, bon ami, vrai dans la société, magnifique en tout-. Mais ses ennemis disaient qu'il était plus occupé , étant géné-

1. Catinat écrivit à Chamillart pour insulte les maréchaux de Villcroiot de se plaindre du duc de Savoie, qu'il Villars, et tant d'autres, dans ses nosoupçonnait d'intelligence avec l'en- tes du Siècle de Louis XIV, parle ainsi nemi. Cette lettre fut montrée à la du- de feu M. le maréchal de Yilleroi, p. chosse de Bourgogne, et l'empire que 102, t. III des Mémoires de madame de celle-ci exerçait sur le roi et sur ma- Maintenon : Villeroi le fastueux, qui dame de Maintenon contribua beau- amusait les femmes avec tant de Icghcoup à la disgrâce de Catinat. ictc, et qui disait à ses gens avec tant

2. L'auteur, qui, dans sa jeunesse, d'arrogance : A-t-on 7?iis de l'or dans eut l'honneur de le voir souvent, dit mes poches? Comment peut-il attri- Voltaire, a droit d'assurer que c'était buer.je ne dis pas à un grand seigneur, là son caractère. La Beaumellc, qui mais à un homme bien élevé, ces pa-

rai d'armée, de l'honneur et du plaisir de commander, que des desseins d'un grand capitaine. Ils lui reprochaient un attachement à ses opinions qui ne déférait aux avis de personne.

Il vint en Italie donner des ordres au maréchal de Catinat, et des dégoiits au duc de Savoie. Il faisait sentir qu'il pensait en effet qu'un favori de Louis XIV, à la tête dune puissante armée, était fort au-dessus d'un prince : il ne 1 appelait que mons de Savoie ; il le traitait comme un général à la solde do France, et non comme un souverain, maître des barrières que la nature a mises entre la France et l'Italie. L'amitié de ce souverain ne fut pas aussi ménagée qu'elle était nécessaire. La cour pensa que la crainte serait le seul nœud qui le retiendrait, et quune armée française, dont environ six à sept mille soldats piémontais étaient sans cesse environnés, répondrait de sa fidélité. Le maréchal de Yilleroi agit avec lui comme son égal dans le commerce ordinaire, et comme son supérieur dans le commandement. Le duc de Savoie avait le vaiu titre de généralissime; mais le maréchal de Yilleroi l'était. Il ordonna d'abord que l'on attaquât le prince Eugène au poste de Chiari, près de lOglio (11 septembre 1701). Les officiers généraux jugeaient qu il était contre toutes les règles de la guerre d'attaquer ce poste, pour des raisons décisives : c'est qu'il n'était d'aucune conséquence, et que les retranchements en étaient inabordables ; qu'on ne gagnait rien en le prenant, et que, si on le manquait, on perdait la réputation de la campagne. Yilleroi dit au duc de Savoie quil fallait marcher, et envoya un aide de camp ordonner de sa part au maréchal de Catinat d'attaquer. Catinat se fit répéter l'ordre trois fois ; puis, se tournant vers les officiers qu'il commandait : Allons donc, dit-il. Messieurs, il faut obéir. On marcha aux retranchements. Le duc de Savoie, à la tète de ses troupes, combattit comme un homme qui aurait été content de la France. Catinat chercha à se faire tuer. Il fut blessé; mais, tout blessé qu'il était, voyant les troupes du roi rebutées, et le maréchal de Yilleroi ne donnant point d'ordre, il fit la retraite ; après quoi il quitta l'armée, et vint à Versailles rendre compte de sa conduite au roi, sans se plaindre de personne*.

rôles, qu'on attribuait autrefois à ua si insolemment de telles indécences^

financier ridicule ? Comment peut-il de telles faussetés et de telles sottises? parler de tant dhoinmes du siècle 1. Catinat se retira alors dans sa

passé, du tou duu homme qui les au- terre de Saiut-Gratien, où il mourut

rait vus ? et comment peut-ou écrire le 5 février 1712.

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