‹ Siècle de Louis XIVChapitre 145 sur 266 · CHAPITRE XVIII 20Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII 20Î

Ions faibles à des bataillons nombreux. Les magasins ne furent plus ni assez grands ni assez tôt prêts. Les armes ne furent plus d'une assez bonne trempe. Ceux donc qui voyaient cesdéfauts du gouvernement, et qui voyaient à quels généraux la France aurait affaire, craignirent pour elle, même au milieu des premiers avantages qui promettaient à la France de plus grandes prospérités que jamais .

Le premier général qui balança la supériorité de la Francefut un Français; car on doit appeler de ce nom le prince Eugène, quoiqu'il fût petit-fils de Charles-Emmanuel, ducde Savoie. Sou père, le comte de Soissons, établi en France, lieutenant général des armées et gouverneur de Champagne,, avait épousé Olimpe Mancini, l'une des nièces du cardinal Mazaria (18 octobre 1663). De ce mariage, d'ailleurs malheureux, naquit à Paris ce prince si dangereux depuis ù Louis XIY, et si peu connu de lui dans sa jeunesse. On le nomma d'abord en France le chevalier de Carignan, Il prit ensuite le petit collet-. On l'appelait l'abbé de Savoie. On prétend qu'il demanda un régiment au roi, et qu'il essuya la mortification d'un refus accompagné de reproches. Ne pouvant réussir auprès de Louis XIV, il était allé servir l'Empereur contre les Turcs dès l'an 1683. Les deux princes de Conti allèrent le joindre en 1685. Le roi fit ordonner aux princes de Conti, et à tous ceux qui faisaient avec eux levoyage, de revenir. L'abbé de Savoie fut le seul qni n'obéit jDoint". Il avait déjà déclaré qu'il renonçait à la France. Le

1. Lo compilateur clos Mémoires de 3. Par les instructions à moi enmadamc de Maintenon dit que, vers voyécs, dit Voltaire, etpuisées dans le la fin de la guerre précédente, le mar- dépôt des affaires étrangères, il est quis de Nangis, colonel du régiment évident que le prince Eugène était du roi, lui disait quon ne pourrait déjàparti enlC83, et quelemarquisde empêcher la désertion de ses soldats la Fare s'est mépris dans ses Mémoiqu'en faisant casser la tète aux déser- res, quaudil fait partir les deuxprinteurs. Piemarquez que le marquis, de- ces de Conti avec le prince Eugène; puis maréchal de Nangis, ne fut co- ce qui a induitles historiens en erreur., lonel de ce régiment qu'en 1711. [v.] Il y eut alors plusieurs jeunes sei-

2. C'est-à-dire il embrassa l'état ec- gneurs de la cour qui écrivirent aux clésiastique, dont le petit collet était princes de Conti des lettres iudécenl'insigne. Voir, pour l'histoire du tes, dans lesquelles ils manquaient de princo Eugène, Dumont et Rousset, respect au roi et d'égards pour ma- Histoire du prince Eugène ; Ferrari, De dame de Maintenon, qui n'était encore rébus gestis.Eiigenii; Maiivillon, His- que favorite. Les lettres furent intertnirc du prince Eugène, et enfin la bio- ceptées, et ces jeunes gens disgraciés graphie en trois volumes en allemand pour quelque temps.

du chevalier d'.A.rnet/. L:j compilateur des Mémoires de

roi, quand il l'apprit, dit à ses courtisans : Xe tvoiwez-vous pas que j'ai fait là une grande perte ? et les courtisans assurèrent que l'abbé de Savoie serait toujours un esprit dérangé, un homme incapable de tout. On eu jugeait par quelques emportements de jeunesse, sur lesquels il ne faut jamais juger les hommes. Ce prince, trop méprisé à la cour de France, était né avec les qualités qui font un héros dans la guerre et un grand homme dans la paix : un esprit plein de justesse et de hauteur, ayant le courage nécessaire et dans les armées et dans le cabinet. Il a fait des fautes, comme tous les généraux; mais elles ont été cachées sous le nombre de ses grandes actions. Il a ébranlé la grandeur de Louis XIV et la puissance ottomane ; il a gouverné l'Empire ; et, dans le cours de ses victoires et de son ministère, il a méprisé également le faste et les richesses. Il a même cultivé les lettres et les a protégées autant qu'on le pouvait à la cour de Vienne*. Agé alors de trente-sept ans, il avait l'expérience de ses victoires remportées sur les Turcs, et des fautes commises par Jes Impériaux dans les dernières guerres, où il avait servi contre la France.

Il descendit en Italie par le Trentin sur les terres de Venise avec trente mille hommes, et la liberté entière de s'en servir comme il le voudrait. Le roi de France défendit d'abord au maréchal de Catinat de s'opposer au passage du prince Eugène, soit pour ne point commettre le premier acte d'hostilité, ce qui est une mauvaise politique quand on a les armes à la main, soit pour ménager les Vénitiens, qui étaient pourtant moins dangereux que larmée allemande.

Cette faute de la cour en iit commettre d'autres à Catinat. Rarement réussit-on, quand on suit un plan qui n'est pas le sien. Ou sait d'ailleurs combien il est dillicile dans ce pays,

Maintcnon est le seul qui avance que Tous ces prétendus discours quondéle duc de la Roche-Guyon dit à son bite avec légèreté dans le monde, et frère, le marquis de Liancourt : Mon qui sont ensuite recueillis par des frère, si on intercepte votre lettre, vous écrivains obscurs et mercenaires, méritez la mort. Premièrement, on ne sont indigues de croyance, mérite point la mort parce qu'une let- 1. Il consacra ses loisirs à l'cmbcltre coupable est interceptée, mais lissement d"un palais magniiique où il parce quon l'a écrite; secondement, rassemblait une foule de livn-s et on ne mérite point la mort pour avoir d'objets précieux. II a protégé Jeanécrit des plaisanteries. Il parut bien Baptiste Rousseau, banni de France que ces seigneurs, qui tous rentrèrent par un arrêt du parlement de Paris iiu grâce, ne méritaient point la mort. (lT12i.

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