CHAPITRE XVIII
résolu d'être maréchal de France ou de périr, hasarda ce que Câlinât n'osait faire. Il en obtint permission de la cour. Il marcha aux Impériaux avec une armée inférieure vers Fridlingen, et donna la bataille qui porte ce nom.
(ii octobre 1702.) La cavalerie se battait dans la plaine : l'infanterie française gravit au haut de la montagne, et attaqua l'infanterie allemande, retranchée dans des bois. J'ai entendu dire plus d'une fois au maréchal de Villars, que, la bataille étant gagnée, comme il marchait à la tète de son infanterie, une voix cria : Xous sommes coupés ! A ce mot, tous ses régiments s'enfuirent. Il court à eux, et leur crie : Allons, mes amis, la victoire est à nous! vive le roi! Les soldats répondent : Vive le roi ! eu tremblant, et recommencent à fuir. La plus grande peine qu'eut le général, ce fut de rallier les vainqueurs. Si deux régiments ennemis avaient paru dans le moment de cette terreur panique, les Français étaient battus : tant la fortune décide souvent du gain des batailles !
Le prince de Bade, après avoir perdu trois mille hommes, son canon, son champ de bataille, après avoir été poursuivi deux lieues à travers les bois et les défilés, tandis que, pour preuve de sa défaite, le fort de Fridlingen capitulait, manda cependant à Vienne qu'il avait remporté la victoire, et fit chanter un Te Deuni, plus honteux pour lui que la bataille perdue.
Les Français, remis de leur terreur panique, proclamèrent Villars maréchal de France sur le champ de bataille ; et le roi, quinze jours après, confirma ce que la voix des soldats lui avait donné.
(Avril 1703.) Le maréchal de Villars joint enfin l'électeur de Bavière avec ses troupes victorieuses : il le trouve vainqueur de son côté, gagnant du terrain, et maître de la ville impériale de Ratisbonne, où l'Empire assemblé venait de conjurer sa perte.
Villars était plus fait pour bien servir l'Etat en ne suivant
cette campagne, laisse une impression même pas, tandis qu'on ne veut ad-
de profonde tristesse. II se plaint que mettre aucun des états qu'il donne
tout lui manque, et on lui répond tou- de la force des ennemis, etc. Il est
jours qu'il a surabondance de tout; réduit à déclarer formellement qu'il
on lui compte, comme s'il les avait ne peut obéir: il recula en elTet pen-
reçus, l'argent qu'on doit lui envoyer, daut que le roi lui ordonna ou de s'ar-
les convois qu on lui destine et qui rèter ou de s'avancer. » (Sismo.ndi,
n'arrivent point, les régiments qu'on Histoire des français, t. XXVI. j lui fait espérer, et qui n'existent
que son sréme, que pour asrir d^ concert avec un prince. Il mena, ou plutôt il entraîna l'électeur au delà du Danube; et quand le fleuve fut passé, lélecteur se repentit, voyant que le moindre échec laisserait ses Etats à la merci de l'Empereur. Le comte de Styrum. à la tète d'un corps d'environ vingt mille hommes, allait se joindre à la grande armée du prince de Bade, auprès de Donavert. // faut les prévenir, dit le maréchal au prince ; i7 faut tomber sur Styrum. et marcher tout à l'heure. Lélecteur temporisait : il répondait qu'il en devait conférer avec ses généraux et ses ministres. C'est 71101 qui suis votre ministre et votre général, lui répliquait Villars. Vous faut-il d'autre conseil que moi. quand il s'agit de donner bataille ? Le prince, occupé du danger de ses Etats, reculait encore: il se fâchait contre le général: Ré bien .' lui dit A'illars . 5/ Votre Altesse électorale ne veut pas saisir l'occasion avec ses Bavarois, je vais combattre avec les Français: et aussitôt il donne ordre pour l'attaque. Le prince indigné*, et ne voyant dans ce Français qu'un téméraire, fut obligé de combattre malgré lui. C'était dans les plaines d'Hochsîedt*. auprès de Donavert.
(20 septembre 1703.1 Après la première charge, on vit encore un effet de ce que peut la fortune dans les combats. L'armée ennemie et la française, saisies d'une terreur panique, prirent la fuite toutes deux en même temps, et le maréchal de Villars se vit presque seul quelques minutes sur le champ de bataille : il rallia les troupes, les ramena au combat, et remporta la victoire. On tua trois mille Impériaux, on en prit quatre mille : ils perdirent leur canon et leur bagage. L'électeur se rendit maitre d Augsbourg. Le chemin de Vienne était ouvert. Il fut agité dans le conseil de lEmpereur s'il sortirait de sa capitale.
La terreur de l'Empereur était excusable : il était alors battu
1. « Tout ceci doit se tjouver dans Us étrangers, 'tous ceux qui l'ont 90U,
les Mémoires du maréchal de Villars, friponne au jeu, livré à l'Empereur.
manuscrit, dit Voltaire; j y ai lu ces ont fait a\-cc lui leur fortune, etc.
détails. Le premier tome imprimé de ■ Il entend par ces mots, lieré à l'Em-
ces Mémoires est absolument de lui ; pereur, une intrigue que les ministres
les deux autres sont d'une main et ran- de l'électeur de Bavière formaient
gère et un peu différente. alors pour faire sa paix avec l'Autri-
• On voit, par les dépèches du ma- che, dans le temps que la France com-
réchal. combien il avait à souffrir de battait pour lui. »
la cour de Bavière : Peut-être valait-il 2. Voir sur la campagne d'Hochstedt
mieux lui plaire que de le bien servir, le premier volume de Moret. Quinze
Ses gens en usent ainsi. Les Bavarois, Annccs du rc^nc de Louis A'/l".