CHAPITRE XIX
du vainqueur. L'officier général qui devait les commander, le marquis de Clairembault, fils du maréchal de Claircmbault*, courut pour demander les ordres au maréchal de Tallard; il apprend qu'il est pris : il ne voit que des fuyards ; il fuit avec eux, et va se noyer dans le Danube.
Sivières, brigadier, qui était posté dans ce village, teulc alors un coup hardi : il crie aux officiers d'Artois et de Provence de marcher avec lui : plusieurs officiers même des autres régiments y accourent; ils fondent sur l'ennemi, comme on fait une sortie d'une place assiégée ; mais après la sortie, il faut rentrer dans la place. Un de ces officiers, nommé DesiS'onvilles, revint à cheval un moment après dans le village avec milord Orkney, du nom d'Hamilton. Est-ce un Anglais prisonnier que vous nous amenez? lui dirent les officiers en l'entourant. lYon, Messieurs, je suis prisonnier moi-même, et je viens vous dire qu'il n'y a d'autre parti pour vous que de vous rendre prisonniers de guerre. Voilà le comte d'Orkney qui vous offre la capitulation. Toutes ces vieilles bandes frémirent; Navarre déchira et enterra ses drapeaux; mais enfin il fallut plier sous la nécessité; et cette armée se rendit sans combattre. Milord Orkney m'a dit que ce corps de troupes ne pouvait faire autrement dans sa situation gênée. L'Europe fut étonnée que les meilleures troupes françaises eussent subi en corps cette ignominie. On imputait leur malheur à la lâcheté; mais quelques années après, quatorze mille Suédois se rendant à discrétion aux Russes en rase campagne ont justifié les Français 2.
Telle fut la célèbre bataille qui en France a le nom d'Hochstedt, en Allemagne de Pleintheim, et en Angleterre de Blenheim. Les vainqueurs y eurent près de cinq mille morts et près de huit mille blessés, et le plus grand nombre du côté du prince Eugène. L'armée française y fut presque entièrement détruite. De soixante mille hommes, si longtemps victorieux, on n'en rassembla pas plus de vingt mille effectifs.
Environ douze mille morts, quatorze mille prisonniers, tout le canon, un nombre prodigieux d'étendards et de drapeaux, les tentes, les équipages, le général de l'armée et douze cents officiers de marque au pouvoir du vainqueur, signalèrent cette
1. Le maréchal de Clairembault, C/iaWei -Y//, de Vol taire, sur la bataille promu en 1653, était mort en 1665. de Pultava, à laquelle l'auteur fait ici