‹ Siècle de Louis XIVChapitre 165 sur 266 · Ce mot ne se trouve ni dans les clxii · texte numérisé non relu

Ce mot ne se trouve ni dans les clxii

d'entrer dans ces discussions seront peut-être bien aises dé trouver ici quel fut cet immense et inutile appareil.

On avait fait venir cent quarante pièces de canon; et il est à remarquer que chaque gros canon monté revient à environ deux mille écus. Il y avait cent mille boulets, cent six mille cartouches dune façon et trois cent mille d'une autre, vingt et une mille bombes, vingt-sept mille sept cents grenadesi quinze mille sacs à terre, trente mille instruments pour le pionnage, douze cent mille livres de poudre. Ajoutez à ces munitions le plomb, le fer et le fer-blanc, les cordages, tout ce qui sert aux mineurs, le soufre, le salpêtre, les outils de toute espèce. Il est certain que les frais de tous ces préparatifs de destruction suffiraient pour fonder et pour faire fleurir la plus nombreuse colonie. Tout siège de grande ville exige ces frais immenses; et quand il faut réparer chez soi un village ruiné, on le néglige.

Le duc de la Feuillade^ plein d'ardeur et d'activité, plus capable que personne des entreprises qui ne demandaient que du courage, mais incapable de celles qui exigeaient de l'art, de la méditation et du temps, pressait ce siège contre toutes les règles. Le maréchal de Yauban, le seul général peut-être qui aimât mieux l'Etat que soi-même, avait proposé au duc de la Feuillade de venir diriger le siège comme ingénieur, et de servir dans son armée comme volontaire; mais la fierté de la Feuillade prit les offres de Yauban ^ pour de l'orgueil caché sous de la modestie. Il fut piqué que le meilleur ingénieur de l'Europe lui voulût donner des avis. Il manda, dans une lettre que j'ai vue : J'espère prendre Turin à la Cohorn^. Ce Cohorn était le Yauban des alliés, bon ingénieur, bon général, et qui avait pris plus d'une fois des places fortifiées par Yauban. Après une telle lettre, il fallait prendre Turin; mais l'ayant attaqué par la citadelle, qui était le côté le plus fort, et n'ayant pas même entouré toute la ville, des secours, des

1. La Feuillade, né en 1673, mare- cle, et, avec la réputation du plus sachal en 1724, mort en 1725. Après avoir vant homme dans l'art des sièges et de décrit sa personne et son caractère, la fortification, le plus simple, le plus Saint-Simon ajoute : « Pour tout dire, vrai et le plus modeste (ch. cxvi). le plus solidement malhonnête homme Saint-Simon créa pour lui le beau nom qui ait paru de longtemps. » <lc patriote (ci.\x\).

2. Vauban, dit Saint-Simon, petit 3. Menno de Cohorn, que Ton nomma gentilhomme de Bourgogne tout au le Vauban hollandais. Il était de la plus, mais peut-être le plus honnête Frise. La Hollande lui devait la forhomme et le plus vertueu.\ de son sié- tification de Berg-op-Zoom.

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