CHAPITRE XX
inébranlables au feu ne font-ils pas la destinée des Etats ? L'armée française ne résista pas une demi-heure ^ On s'était battu près de huit heures à Hochstedt, et on avait tué près de huit mille hommes aux vainqueurs ; mais à la journée de Ramillies, on ne leur en tua pas deux mille cinq cents : ce fut une déroute totale ; les Français y perdirent vingt mille hommes, la gloire de la nation et l'espérance de reprendre l'avantage. La Bavière, Cologne, avaient été perdues par la bataille d'Hochstedt : toute la Flandre espagnole le fut par celle de Ramillies. Marlborough entra victorieux dans Anvers, dans Bruxelles ; il prit Ostende ; Menin se rendit à lui.
Le maréchal de Yilleroi, au désespoir, n'osait écrire au roi cette défaite. Il resta cinq jours sans envoyer de courriers. Enfin il écrivit la confirmation de cette nouvelle, qui consternait déjà la cour de France. Et quand il reparut devant le roi, ce monarque, au lieu de lui faire des reproches, lui dit : Monsieur le maréchal, on n'est pas heureux à notre âge^.
Le roi tire aussitôt le duc de Vendôme d'Italie, où il ne le croyait pas nécessaire, pour l'envoyer en Flandre réparer, s'il est possible, ce malheur. Il espérait du moins, avec apparence de raison, que la prise de Turin le consolerait de tant de pertes. Le prince Eugène n'était pas à portée de paraître pour secourir cette ville. Il était au delà de lAdige ; et ce fleuve, bordé en deçà d'une longue chaîne de retranchements, semblait rendre le passage impraticable. Cette grande ville était assiégée par quarante-six escadrons et cent bataillons.
Le duc de la Feuillade, qui les commandait, était Ihomme le plus brillant et le plus aimable du royaume; et, quoique gendre du ministre, il avait pour lui la faveur publique. Il était fils de ce maréchal de la Feuillade qui érigea la statue de Louis XIY dans la place des Victoires. On voyait en lui le courage de son père, la même ambition, le même éclat, avec plus desprit. Il attendait, pour récompense de la conquête de Turin, le bâton de maréchal de France. Chamillart, son beaupère, qui l'aimait tendrement, avait tout prodigué pour lui assurer le succès. L'imagination est effrayée du détail des préparatifs de ce siège. Les lecteurs qui ne sont point à portée
1. La lutte fut plus longue. Le duc Mémoires ui daus les lettres de ce de GuisQ, à la tète du régimeut des temps.
gardes, se défendit quatre heures daus Voir le récit tout à fait contraire Ramillies. de Saint-Simon, chapitres c, clix et